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Ernest Psichari (1883-1914)
 
 
                Ernest Psichari est souvent cité dans les études portant sur l’histoire littéraire de la France avant 1914 ou durant l’entre-deux-guerres, et son nom apparaît de plus en plus dans les nombreux travaux d’historiens consacrés à la France coloniale. Cependant, il n’est pas facile, aujourd’hui encore, de se procurer certains de ses textes. Si les écrits mauritaniens, L’Appel des armes (1ère édition 1913), Les Voix qui  crient dans le désert (1ère édition posthume 1920) et surtout Le Voyage du centurion (1ère édition posthume 1916) ont largement contribué à forger, dans la culture française, un impressionnant mythe du désert, et ont su trouver des générations successives de lecteurs, il n’en va pas de même des premiers écrits du petit-fils de Renan, inspirés par une remarquable expérience des intérieurs de l’Afrique noire. Terres de soleil et de sommeil, d’abord publié chez Calmann-Lévy en 1908, a certes été salué par des écrivains importants, de Maurice Barrès à Charles Péguy, mais pas toujours lu avec l’attention qu’il mérite. Péguy, parmi les premiers, contribuera à façonner la légende de Psichari l’Africain, dans quelques pages flamboyantes de Victor-Marie, comte Hugo (Cahiers de la quinzaine, 23-10-1910) qui enrôlent le jeune Ernest dans le  grand parti des antimodernes et des « mécontemporains » (1). Il le situe alors, cet « ami lointain », cet « homme jeune, plein de sang » (2), dans la vaste lignée des fondateurs, continuateurs de la Cité antique et il l’apostrophe en ces termes : « Latin, Romain, Français héritier de la voie romaine, castramétateur (3), vous qui savez ce que c’est que de frayer une route et d’asseoir un camp » (4). Mais il est évident que les longues pages fiévreuses et passionnées de l’auteur de Notre patrie nous en apprennent plus sur l’idéologie française des années d’avant-guerre que sur l’aventure africaine de Psichari lui-même, qui d’ailleurs contribue dans ses lettres (5), à la même époque, à construire son propre mythe avec beaucoup d’efficacité (6). Parmi les textes, peu connus et jusqu’à ce jour peu diffusés, qui devraient permettre de comprendre au plus près, loin de toute entreprise légendaire, ce que fut la réalité d’une aventure coloniale exemplaire au début du siècle, les Carnets de route occupent une place essentielle. Ils ont donné lieu à une première édition, en 1948, en ouverture du tome 1 des œuvres de Psichari aux éditions Conard. Henriette Psichari, dans son Introduction, présente ainsi le texte :
             « A dessein, on a placé en tête des Oeuvres complètes les Carnet de route, inédits jusqu’à ce jour, d’abord pour respecter l’ordre chronologique de la production, surtout parce qu’ils révèlent le processus créateur de l’écrivain. Les Voix qui crient dans le Désert sont l’armature du Voyage du  Centurion, les Carnets de route sont la première jetée de Terre de Soleil et de Sommeil. Les lecteurs curieux pourront même y retrouver des passages similaires, des expressions identiques. Il nous a paru inutile de nous livrer à une chasse aux redites qui eût enlevé la spontanéité des notations prises au soir de chaque étape. Bien plus, ces similitudes sont à nos yeux la marque de l’écrivain-né, celui dont la sensibilité se traduit à son insu alors qu’il écrit pour lui seul, sans souci de ses futurs lecteurs » (7).
                Dans son intéressant témoignage publié en 1933, Ernest Psichari, mon frère, Henriette Psichari avait cité, dans le même esprit, une lettre d’Ernest à sa mère au moment où il rédigeait ses Carnets dont il aimait d’ailleurs adresser certains passages à ses correspondants les plus proches. La lettre, datée du 9 octobre 1907, explique pourquoi il faut passer de la forme relâchée et linéaire du journal de campagne à des écrits plus synthétiques. On voit dans ces lignes l’évolution qui se profile du récit des Carnets à celui, plus élaboré et construit, de Terres de soleil et de sommeil, qui sera publié l’année suivante :
            « J’ai un journal de route tenu au jour le jour. Je me suis aperçu en le parcourant dernièrement qu’il n’était pas intéressant du tout, et ne donnait pas l’idée de ce que j’avais vu. C’est l’inconvénient de tout journal de route. Pour donc qu’il me reste de ce voyage des notes me rendant aussi exactement que possible, non pas les événements de tous les jours, mais la synthèse des divers états d’âme qui se sont succédé, j’ai entrepris ce travail qui s’éloigne complètement de la forme « Journal » et qui ne retiendra de ce long voyage que ce qui m’a paru essentiel et présentant un  intérêt général. Je crois qu’en principe l’idée est bonne et que ce petit opuscule pourra plaire à ceux qui le liront, par sa forme nouvelle (car l’Afrique n’a pas encore été décrite de cette manière-là) et par la sincérité  de l’émotion » (8)
                Psichari avait vu juste, et c’est sous une forme plus construite et canalisée que son Journal lui vaudra le succès, inaugurant ainsi une œuvre qui atteindra son maximum d’audience avec les écrits mauritaniens. Mais pour le lecteur contemporain, ce sont au contraire les textes les moins idéologiques, les moins philosophiques, ceux qui s’attachent, à rendre compte des « événements de tous les jours », qui méritent le plus d’attention. Dans sa lettre à sa mère, l’écrivain semble tenir en piètre estime la chronique du quotidien et sans doute parce que, fidèle à une grande tradition de l’intelligentsia française de son temps, celle qui berça toute son enfance et son adolescence, à l’ombre tutélaire de Renan, de Taine et de Bergson, il voulait que le voyage fût un exercice de compréhension du monde, à la manière entre autres des récits d’André Chevrillon, familier des mêmes milieux au quartier latin (9). Or, plus modestement, les Carnets de route se proposent de raconter, étapes par étapes, une expédition africaine qui, même si elle a nourri les rêveries encore romantiques d’un jeune homme en quête de « merveilleuses et mystérieuses destinées »(10) fut aussi faite d’ennui et de désenchantement. La correspondance témoigne d’ailleurs admirablement de cette ambivalence, qui voit l’écrivain tantôt exalter la grandeur de l’aventure et la somptuosité wagnérienne des paysages, et tantôt préférer un style plus sobre et retenu : « Le ton grandiloquent ne saurait s’appliquer à la vie facile et exempte de tout souci que l’on mène ici. On exagère énormément les difficultés de l’Afrique et l’erreur est entretenue par les voyageurs eux-mêmes qui relèvent ainsi leurs actions et se rehaussent aux yeux du public » (11). Mais les carnets de route ne tiendront pas toujours cette promesse de sobriété car on y trouve maints passages, comme nous le verrons, où l’Afrique suggère des atmosphères envoûtantes et magiques. Mais la contradiction n’est qu’apparente. Si la vie quotidienne est généralement simple et facile, rarement dramatique et inquiète, ce sont les paysages eux-mêmes qui souvent tendent à la grandeur et au sublime, à un romantisme flamboyant dont Psichari aurait bien voulu, pour l’Afrique, être le premier illustrateur.
 
                1. Psichari avant 1906.
                Le jeune militaire qui s’embarque à Bordeaux le 25 août 1906 pour un périple africain de près d’un an a déjà derrière lui un lourd et riche passé qu’il importe de rappeler. L’étude de Frédérique Neau-Dufour, Ernest Psichari, l’ordre et l’errance (12) nous permet désormais d’en mieux comprendre toute la complexité. Rien ne prédestinait en effet le jeune Ernest à entreprendre une carrière coloniale d’autant plus que sa famille n’était pas directement liée au milieu militaire. Frédérique Neau-Dufour la rattache à la « haute bourgeoisie intellectuelle parisienne » (13) et relate avec beaucoup de détails ses réseaux de relation, son atmosphère, ses engagements politiques, particulièrement en faveur de Dreyfus, en même temps qu’une lente ascension sociale qui la situa de plus en plus au centre des circuits parisiens les plus introduits et les plus influents. Ernest, né en 1883, est donc incontestablement un héritier, surtout d’ailleurs par sa mère Noémie, fille d’Ernest Renan. Il portera tout naturellement le prénom de son grand-père, et Noémie jouera un rôle essentiel durant les années de sa première formation. Il aura avec elle un rapport intensément affectif et passionné, comme en témoigne la correspondance. L’ascendance grecque paternelle (Jean Psichari fut un savant de grand renom), bien que nullement reniée, ne sera jamais aussi déterminante. Henriette Psichari a consacré de belles pages à ce milieu privilégié, tout entier voué à la vie de l’esprit, et qui très tôt orienta les goûts et les intérêts du jeune Ernest vers la littérature, l’histoire, la philosophie, les langues anciennes. Elle le dépeint, par exemple, encore enfant, menant à table des discussions souvent au-dessus de son âge: « A la table familiale, vaste et très accueillante, Ernest tenait une place importante. Il était rare que la conversation s’attaquât au récit des menus événements de la journée, on n’avait pas fini le potage qu’un sujet plus ample était déjà posé et qu’Ernest s’y mouvait avec facilité. La littérature d’abord, plus tard la philosophie et la politique étaient son champ d’action » (14). Cet intérêt pour les idées et le monde contemporain s’accentua durant l’affaire Dreyfus qui mobilisa la famille Psichari dès août 1897. Le combat dreyfusard souda autour des Psichari des amitiés solides, Jean Jaurès, Emile Zola, Gaston Paris, Anatole France le colonel Picquart, Eugène Lenfant, rencontré en mai 1904, qui jouera un rôle décisif dans la carrière militaire d’Ernest. Il ne faut certes pas omettre, dans ce rapide rappel, Jacques Maritain (15), rencontré en 1899, Charles Péguy, en 1901, Henri Massis, en 1906, pour ne citer que les noms les plus importants. C’est tout naturellement que le jeune Psichari adhère alors au socialisme jaurésien, qui n’était au fond qu’un approfondissement de l’idée républicaine selon l’esprit de l’époque (16), et qu’il s’engage dans le mouvement des Universités populaires (17). Il passe son baccalauréat au lycée Henri IV en 1900, et une licence de philosophie à la Sorbonne en 1903, tout en suivant les cours de Bergson au Collège de France. Ces années d’apprentissage (18) sont d’une importance extrême, car elles permettent de comprendre la tonalité des premiers textes africains de Psichari et leur humanisme affirmé, avant que l’expérience mauritanienne ne vienne donner à l’œuvre une orientation plus militaire, nationaliste et mystique (19). 
 
                2. Au cœur de l’Afrique.
                La jeunesse privilégiée d’Ernest, parmi quelques-unes des sommités de la France républicaine de l’époque, le destinait tout naturellement à prendre sa place au sein d’une République des Professeurs (20) que l’affaire Dreyfus avait profondément légitimée, et c’est une crise sentimentale grave, liée sans doute aussi à une fragilité psychologique plus ancienne, bien que masquée, qui orienta le jeune licencié vers le métier des armes. Sa sœur Henriette a consacré à cet épisode des pages non dénués de romantisme. On sait que le jeune Ernest était tombé amoureux de Jeanne Maritain, qui n’éprouvait pour lui que de l’amitié. Dès lors, Ernest fut emporté par un « vertige de malheur », comme l’écrit sa sœur : « La mélancolie s’emparait de lui chaque jour davantage, le travail devenait difficile, la distraction impossible » (21). Henriette reste  pudique sur les différents épisodes de l’« effondrement » de son frère, et il faut dès lors compléter son récit par celui, beaucoup plus détaillé, nourri à des sources inédites, de la biographie de Frédérique Neau-Dufour : « Ernest essaie de se suicider, de manière avérée, en août 1903, et peut-être, déjà, en juillet 1902. Sans doute recourt-il chaque fois au poison » (22).  On comprend dès lors que le choix d’Ernest, en février 1904, de s’engager dans l’armée au terme de l’année de service obligatoire qu’il avait effectuée au cinquantième régiment d’infanterie de Beauvais ait eu quelque chose de la recherche d’un refuge. C’est en tout cas la thèse avancée par sa sœur, avec toutefois des accents nationalistes qui relèvent indéniablement d’une reconstruction a posteriori de la trajectoire d’Ernest, sans doute au départ plus instinctive et pragmatique : « Les quelques mois qu’Ernest vécut ainsi de chute en chute sont le point de départ du redressement surhumain qu’il allait accomplir, de cette subite entrée en jeu de sa volonté renaissante » (23). Dans Les Voix qui crient dans le désert, bien plus tard, Psichari donnera lui-même une lecture « providentialiste » de cette dure crise existentielle qui allait le conduire au salut par la discipline monacale de l’armée. La réalité est sans doute plus banale, jusqu’à cet aveu : « Faut-il que la vie soit une triste chose pour qu’on en soit réduit à se réfugier dans une caserne comme dans un couvent et à considérer la vie militaire comme l’idéal de la vie ! » (24) Il faut d’ailleurs noter que le ton des lettres varie selon leur destinataire. Celles adressées à Geneviève Favre sont parfois d’un romantisme exalté (25) alors que la correspondance avec Jean Psichari est nettement plus retenue, voire froide et technique. Toujours est-il que la destinée d’Ernest bascule une fois de plus lorsqu’il décide de demander à rejoindre, en décembre 1905, le 1er régiment d’artillerie coloniale, à Lorient, où il pourra compter sur le soutien sans faille d’un ami de sa famille, le commandant Lenfant. De septembre 1906 à décembre 1907, il accompagnera celui-ci dans le cadre de la Mission du Haut-Logone, entre les bassin du Tchad et du Congo. Il faut rappeler que la fondation de l’Oubangui-Chari-Tchad remonte seulement à l’année 1890 et que, dans cette région, la France est encore mal implantée. Frédérique Neau-Dufour résume ainsi l’état des forces en présence : « Quand Psichari arrive en Oubangui-Chari, la présence française y est très faible et la résistance africaine vivace. Il reste à prendre véritablement possession de la colonie, à en déterminer les contours pour en maîtriser l’espace » (26). La mission dirigée par Lenfant est organisée par la Société de géographie de Paris, dans le cadre de la politique conduite par le ministère des colonies. Dans son livre Ernest Psichari d’après des documents inédits, A. M. Goichon résume très clairement ses objectifs: « La Mission du Haut-Logone avait pour but l’exploration des pays qui s’étendent entre la Sangha et le Chari, donc entre le bassin du Tchad et celui du Congo ; région qui pourrait permettre des communications entre le Centre Africain et la colonie congolaise. Il fallait reconnaître le pays, en relever les ressources, prendre contact avec les indigènes, reconnaître les routes praticables et les laisser ouvertes après avoir dressé des cartes aussi détaillées que possible » (27). Ces objectifs sont d’autant plus stratégiques que la France est rivale de l’Angleterre, de l’Allemagne –de l’Allemagne surtout- et de la Belgique en cette partie de l’Afrique où les frontières demeurent incertaines (28). Les récits de Psichari témoignent à diverses reprises d’une obsession anti-allemande qui trouve un terrain nouveau au cœur de l’Afrique et permet l’éloge d’une présence française qui se veut civilisatrice (29). La mission Lenfant bénéficiera d’excellents compte rendus dans la presse, entre autres dans Le Petit Journal. Elle fut pour Psichari une véritable initiation au métier colonial, car il ne faut bien sûr pas sous-estimer le « professionnalisme », comme l’on dirait aujourd’hui, de telles expéditions, qui avaient un contenu scientifique hautement affirmé. A son retour en France, le maréchal des logis Psichari sera décoré de la médaille militaire (le 7 mars 1908) avant d’intégrer l’école des officiers de Versailles d’où il sortira sous-lieutenant. Dès lors commence un nouvel épisode de l’aventure africaine, d’abord vers Dakar puis la Mauritanie, qui nourrira le deuxième versant de son œuvre.
 
 
                3. Le quotidien colonial.
                Dans le minutieux récit de sa mission, le commandant Lenfant prend soin de présenter l’équipe dont il s’était entouré et dans laquelle, écrira-t-il dans ses rapports, le jeune Psichari avait su trouver dès le début toute sa place. Ce passage mérite d’être cité, car il permet de bien comprendre la dimension collective de l’aventure, alors même que les textes autobiographiques de Psichari ont, ce qui est normal, une tonalité plus individualiste et personnelle. Lenfant écrit dans le chapitre I de son livre : « La condition la plus indispensable de succès pour un chef de mission est tout entière exprimée par quatre mots : le choix des collaborateurs. Les miens furent et restèrent au-dessus de tout éloge ; ils me rendirent très fiers d’avoir su les mettre à mes côtés. Le capitaine Périquet était le second de la Mission. Ce jeune officier d’artillerie coloniale joignait à son savoir une âme bien trempée, une résistance physique égale à sa vaillance et à son énergie. (…). Le docteur Kérandel, médecin-major des troupes coloniales, était chargé des soins médicaux, des observations et des études afférentes à sa spécialité. Il s’est dévoué sans compter, propageant la vaccine, délimitant les zones où règne la maladie du sommeil, portant secours aux indigènes qui la subissent, étudiant la tsé-tsé (…). Quatre sous-officiers, Bougon, Delacroix, de Montmort et Psichari, aussi intelligents que dévoués, nous secondaient de toute leur activité et leur vaillance ; notre état-major était complété par l’ingénieur des mines Bastet et le capitaine Joannard que la maladie faisait rentrer en France presque au début de la Mission, au moment même où le sergent de Montmort était si cruellement enlevé à notre profonde affection ». Ce bref descriptif des cadres de la Mission (30), dont fait partie Psichari, s’accompagne d’une mise en valeur des vraies qualités du chef colonial, loin de toute conception brutale de l’autorité, dans un esprit qui était aussi à l’époque celui de Galliéni et de Lyautey (31) : « Sous ces latitudes brûlantes qui exaspèrent les caractères et les tempéraments, la vie de brousse est une pierre de touche sincère et fidèle du naturel de chacun. C’est précisément cela qu’un chef doit comprendre. Son rôle consiste, non pas à imposer sa personnalité, mais à rendre son autorité telle à l’esprit de ses amis qu’ils en tiennent le plus grand compte sans en sentir le poids. Plus les collaborateurs ont d’initiative et d’indépendance, pourvu qu’ils aient reçu des ordres rationnels et précis, plus ils ont de goût à leur travail, plus celui-ci leur tient à cœur, s’étend et se multiplie ». Dans son Journal, Psichari adhérera sans la moindre réserve à la conception coloniale du commandant Lenfant (32). Les passages les plus critiques du livre contre la colonisation alors en vigueur rapportent souvent des propos du commandant lui-même, ou résument les inquiétudes qu’il laisse paraître devant ses hommes : « Le commandant m’a paru un peu tourmenté des difficultés que nous aurons plus tard à surmonter. Il m’a confié que ce sujet l’occupait tant qu’il ne pouvait dormir que quelques heures la nuit. Il est persuadé que nous aurons là-bas beaucoup d’ennemis, parmi les blancs naturellement. Ces ennemis seront ceux-là que nous irons déranger dans l’exercice de leur royauté coloniale, ceux-là dans les fiefs desquels nous mettrons les pieds » (éd. Lambert, p. 22) . Une fois arrivé en Afrique, Psichari décrira avec une ironie parfois voltairienne quelques-uns de ces fiefs construits par des administrateurs sans scrupules et des aventuriers de tous poils. Mais c’est encore le commandant Lenfant qui tient les propos les plus hostiles, par exemple le 3 septembre à Dakar, à la vue du palais du gouverneur, disproportionné, onéreux et inutile.  C’est d’ailleurs l’homme lui-même, à l’image de tant de coloniaux indignes, qui provoque les saillies les plus mordantes : « C’est un triste personnage, un homme taré. En plus, il ignore complètement l’indigène. Il n’est jamais allé dans la brousse, sinon traîné en palanquin, précédé d’une fanfare militaire, pour aller recueillir les adorations de quelques indigènes. Quand il peut faire une crasse à un indigène, il la lui fait. Il est entouré d’une bande de petits ratés qui rongent le budget » (p.25). Les remarques de ce type seront nombreuses dans les Carnets de route, et pas toujours prêtées à Lenfant. Psichari les formule pour son propre compte, par exemple au Congo belge, à Matadi, après avoir rencontré le consul de France, M. Casabianca : « C’est une sorte de fou dont tout le monde ici dit le plus grand mal. Il n’a de rapports avec aucun Européen. On dit qu’il se promène parfois en brandissant un revolver. Voilà l’homme qui représente la France dans la colonie belge » (p. 27). De tels passages resteraient anecdotiques s’ils ne mettaient le doigt sur un des maux endémiques de la colonie : la médiocrité des hommes qui y séjournent, dans une totale indifférence à l’oeuvre française que Lenfant et Psichari ne cessent de présenter, bien avant Robert Delavignette qui en fera un thème essentiel de ses écrits (33), comme relevant d’un véritable « service », et d’un sens aigu du devoir d’Etat. Psichari, après Lenfant et influencé par ses idées et son exemple, plaide pour une véritable professionnalisation, pour employer un mot d’aujourd’hui, du service colonial : « Il faudrait résolument entrer en campagne contre les « coloniaux en chambre » qui n’ont jamais quitté le trottoir parisien et qui répandent sur des questions qu’ils ignorent des idées inconsidérées » (p. 39). On le voit, le combat doit être mené sur deux fronts, à l’intérieur et à l’extérieur de la colonie. A l’intérieur de la colonie, le danger vient à la fois de pratiques abusives du pouvoir qui peuvent tendre à créer une extraterritorialité coloniale, en dehors du droit commun républicain, mais aussi, plus insidieusement, d’une lente altération des caractères comme si le français installé sur des terres « inclémentes » voyait peu à peu sa personnalité se fondre, se perdre, se disperser dans le « quotidien Pernod » et la « sieste avilissante » (p. 42-43). Suit alors une véritable galerie de portraits des français d’Afrique (voir entre autres les descriptions cocasses de M. Dupont, M. Bruel, M. Chapas etc.), qui transporte le lecteur au cœur du quotidien de la colonie, bien loin de toute rhétorique héroïque et épique. Mais ces passages cruels ne doivent pas faire oublier l’exacte saisie, d’un intérêt documentaire évident, des lentes transformations que connaît l’Afrique au contact du commerce et de la technique européens. Particulièrement intéressants sont les passages qui mettent en scène Bania, la capitale du caoutchouc, au centre des activités de la puissante Compagnie L.H.S (Logone-Haute-Sangha), où s’affirme une activité entrepreneuriale d’où se détachent quelques figures hautes en couleurs de commerçants et de planteurs, aux antipodes des portraits tracés antérieurement de petits blancs avachis dans les vapeurs de l’alcool et affectés par la congolite (34) Comme nous allons le voir, ce pays qui lentement se transforme et s’insère dans les circuits du commerce global s’oppose à un autre, que Psichari qualifie de « romantique », selon un véritable topos du récit colonial que trente plus tard Robert Delavignette illustrera encore avec le talent que l’on sait dans Les paysans noirs (35) .
               
 
                3. L’illusion romantique.
                Quelques-unes des plus belles pages du Journal s’efforcent de saisir des atmosphères africaines marquées par le sublime et la grandeur des paysages et envisagent même la possibilité d’une nouvelle esthétique, à la hauteur d’une démesure et d’une sauvagerie que seuls les paysages américains, rendus plus familiers à la culture française par les récits de Chateaubriand, peuvent égaler (36). Ce sentiment, exaltant et écrasant à la fois, d’une démesure du monde qui brise tous les carcans classiques saisit Psichari dès qu’il s’éloigne de l’univers confiné de Dakar. De Conakry à Cap Lopez, l’impression de sauvagerie s’accentue. Il n’y a guère que quelques factoreries qui indiquent une présence européenne sur les rivages : « Tout de suite, derrière, la brousse, et, dans le fond, la forêt » (p.26). Mais la profondeur mystérieuse de la forêt tropicale n’éveille pas chez Psichari, comme quelques années plus tôt en Inde, chez Chevrillon (37), une peur diffuse et très victorienne des commencements du monde, et d’une primitivité qui peut à tout moment devenir destructrice et mortelle. C’est moins Darwin que Wagner qui nourrit les rêveries de l’écrivain, et une rêverie romantique, rousseauiste parfois, et de plus en plus puissante au fur et à mesure que l’on s’enfonce dans les intérieurs de l’Afrique. La remontée du fleuve Congo, de Banane à Matadi est dès lors une véritable expérience esthétique, transfigurée sans doute par des réminiscence rimbaldiennes : « C’est un perpétuel enchantement. Le fleuve se resserre rapidement entre des rives abruptes. On a l’impression de la désolation et de la solitude. La terre est rude et rocailleuse. Parfois on aperçoit d’immenses feux de brousse, qui, à certains endroits, embrasent des flancs entiers de la montagne. Le décor de la Walkyrie » (p.27). On est ici au cœur d’une Afrique païenne, immémoriale, et qui relève même, pourrait-on dire, d’un chromatisme nordique (38) bien loin de ce que sera quelques années plus tard l’expérience mauritanienne de Psichari : « Les anciens faisaient des fleuves des dieux. Le Congo est un vieux et grand dieux, très puissant et très vénérable » (p. 28). La navigation sur le Congo ressemble dès lors à une traversée des multiples alluvions du temps, mais vers des origines mythiques que nimbent encore les lumières de l’Eden des romantiques : « On croirait naviguer dans des jardins de paradis. Des îles vertes nagent dans l’or du fleuve (…). Ici, il n’y a pas de traces humaines, de tels aspects suffisent à remplir toute une vie d’un parfum merveilleux de tendresse et de beauté. Que la nostalgie des voyageurs pour la terre d’Afrique m’apparaît aujourd’hui naturelle et légitime ! (…). On ne sait plus où l’on est. La latitude s’abolit » (p. 33-34). En Mauritanie, des paysages exactement inverses par leur dépouillement et leur ascèse lumineuse inspireront bientôt à l’écrivain une expérience semblable, mais celle-ci,  liée  aux espaces vides et à un monothéisme incandescent, éclipsera, ce qui est bien dommage, le souvenir du premier Psichari, celui de la forêt et du fleuve. Toutefois, et il faut lire bien sûr entre les lignes de son Journal, le Psichari africain n’oublie pas qu’il a été menacé au sortir de l’adolescence par des tempêtes wertheriennes qui ont failli lui coûter la vie, et il se préserve, au cours de son périple, de la « névrose romantique où l’individu s’exalte jusqu’à l’illusion de la complète indépendance et de la force intérieure » (p. 61). La régularité militaire, le devoir quotidien, les tâches humbles et nécessaires qui maintiennent au cœur de la brousse la plus impénétrable l’exigence du contrôle de soi sont autant de garde fous qui tiennent le romantisme à distance, qui le disciplinent, et qui le canalisent dans une écriture lyrique et maîtrisée. A l’évidence, Psichari ne cédera plus aux forces démoniques qui menacent toujours de se déchaîner en lui, et de plus en plus, il les transposera dans la Mystique. C’est en des termes dignes de Goethe qu’il désigne les dangers du romantisme : « Danger trouble, d’abord par l’exaltation soudaine de l’individu, ensuite par le factice de cette exaltation » (p.62). Mais quelle que soit la crainte qu’il éprouve de pouvoir une fois de plus perdre pied, comme en cette dramatique année 1903 évoquée plus haut, ce qui domine, tout au long des Carnets de route mais aussi de la très riche correspondance qui en accompagne la rédaction, c’est le sentiment rimbaldien d’approcher au plus près de la vraie vie. Il y a, dans les lettres de cette époque, de nombreux passages qui expriment un pur bonheur d’exister dans un monde où tout est à la fois plus jeune et plus éclatant, les couleurs, les sons, les images : « Ne sont-ce pas les plus beaux jours de ma vie que je vis en ce moment ? Je suis dans le plus étrange et le plus excitant des pays. (…). Aussi bien cette vieille terre qui a tué tant d’hommes, est-elle pour ceux qui peuvent y vivre, un pays de cure, un merveilleux sanatorium, où le corps se fortifie dans une existence rude et saine » (39).
                On voit, à partir de ces citations, que l’intérêt est grand de rééditer ces premiers textes de Psichari, d’autant plus que, contrairement à  Terre de soleil et de sommeil, et surtout L’Appel des armes, Les Voix qui crient dans le désert ou Le Voyage du Centurion, ils n’ont eu qu’un public assez limité dans l’édition posthume de 1948. La richesse de ces notes, qui tiennent du journal, du récit de voyage, et de la réflexion philosophique, est par ailleurs multiple. On peut les lire comme un témoignage précieux d’un certain esprit colonial, « humaniste » si l’on veut, très répandu dans certaines élites républicaines de la métropole. L’historien militaire y trouvera de nombreuses indications sur la conception coloniale de secteurs influents de l’armée, après l’Affaire Dreyfus et avant le premier conflit mondial. Elles offrent aussi un ensemble de descriptions précises, de « choses vues », qui donnent une excellente idée de la réalité quotidienne de la colonie, de ses activités économiques, des voies de communication et d’échange. Quant au spécialiste de littérature française, il y trouvera une passionnante matière : à la fois évocation d’un nouveau mal du siècle que l’Afrique contribuera à guérir, et greffe, au cœur de l’Afrique forestière, d’une sensibilité esthétique venue des profondeurs de la vieille Europe : le romantisme allemand, Wagner, et même, ici et là, une petite musique lamartinienne ou rimbaldienne.
 
Jean-François Durand
Montpellier III.
 
  Notes
(1) Charles Péguy, Oeuvres en prose complètes, Bibliothèque de la Pléiade, tome III, 1992, p. 344.
(2) Ibid., p. 334.
(3) Mot forgé par Péguy à partir du verbe latin castrametari.
(4) Ibid., p. 338.
(5) Voir les Lettres du centurion dans Oeuvres complètes de Ernest Psichari, Paris, Conard, 1948, tome III. La lettre à Charles Péguy du 18 août 1910 est particulièrement intéressante, car Psichari y décrit sa « bibliothèque de campagne », dans un esprit qui se voudrait dans la continuité de César (le grand modèle des écrivains militaires de l’époque). Les références lettrées (Bossuet, Pascal, Vigny) accompagnent l’évocation d’écrits très techniques, le Règlement d’Artillerie de campagne, la Table des logarithmes. A l’évidence, Psichari veut camper la figure d’un clerc de type nouveau, savant mélange de grande culture et d’intelligence pratique, aux antipodes de l’ « intellectuel » moderne, menacé d’abstraction et de desséchement.
(6) Une lettre datée de 1911, sans autre précision, confie à Péguy que ses livres, et surtout Notre Jeunesse, sont « très goûtés dans le petit milieu très peu littéraire et très peu intellectuel où je vis ». Par la suite, il trace le portrait de l’un de ses nouveaux camarades, Aubert, « soldat modeste et obscur, un peu le type que Vigny a décrit dans Servitude et Grandeur » (Lettres, op.cit., p. 188).
(7) Œuvres complètes de Ernest Psichari, op. cit., p. 14.
(8) Henriette Psichari, Ernest Psichari, mon frère, Paris, Plon, 1933, p. 46-47.
(9) Dans l’Inde, Paris, Hachette, 1891  et Un Crépuscule d’Islam, Paris, Hachette, 1906.
 (10) Oeuvres complètes, op. cit., p. 21.
(11) Ibid., p. 147.
(12) Paris, Les éditions du Cerf, 2001.
(13) Ibid., p. 15.
(14) Ibid. p.5-6.
(15) Voir les belles pages de Raïssa Maritain Les Grandes Amitiés, Paris, Desclée de Brouwer, 1949, p. 61-68 (1ère édition 1941).
(16) Jean Jaurès en avait dégagé la doctrine dans une intervention mémorable à la séance de la Chambre des Députés du 21 novembre 1893 (repris dans Jean Jaurès, Pages choisies, Paris, Rieder, 1922, p. 313-328). Ce texte permet de comprendre la philosophie républicaine du premier Péguy et du jeune Psichari.
(17) Lucien Mercier résume leur esprit en quelques pages très précises du Dictionnaire des intellectuels français (dir. Jacques Julliard et Michel Winock, éditions du Seuil, 2002, p.1375-1378).
(18) Voir Annexe I.
(19) J’ai abordé ailleurs ce problème, « La tentation d’Ernest Psichari », dans Poétique et imaginaire du désert, Publications de l’Université Paul-Valéry, Montpellier III, p. 103-115.
(20) L’expression de Thibaudet est bien sûr postérieure mais elle rend bien compte de l’importance accrue du pouvoir intellectuel et universitaire au moment de l’Affaire. Revenu de ses illusions de jeunesse, Psichari opposera de plus en plus le militaire et le conquérant à l’ « intellectuel », coupé des forces profondes de la vie.
(21) Henriette Psichari, Ernest Psichari, mon frère, Paris, Plon, 1933, p. 94-95.
(22) Op.cit., p. 99.
(23) Ibid., p.105-106. Voir le texte complet dans l’Annexe II. La lettre écrite par Ernest à son père le 2 février 1904 est sans doute beaucoup plus exacte quand il évoque les raisons professionnelles du choix du métier des armes, Cf. Lettres du Centurion, dans Œuvres Complètes de Ernest Psichari, tome III, Paris, éditions Louis Conard, 1948, p. 125.
(24) Cité par Frédérique Neau-Dufour, op.cit., p.123.
 (25) Entres autres celles datées d’août et de septembre 1902 (Lettres du Centurion, p. 116-122).
(26) Frédérique Neau-Dufour, op.cit., p.136.
(27) Voir en Annexe III le résumé complet que donne  de l’expédition A. M. Goichon, à partir de l’ouvrage du commandant Lenfant, La Découverte des grandes sources du centre de l’Afrique, Paris, Hachette, 1909.
 (28) Pour un tableau complet de ces rivalités européennes voir Henri Wesseling, Le partage de l’Afrique, Paris, Denoël, 1996 pour la traduction française.
(29) Voir un clair exposé de cette idéologie française de la colonisation dans Denise Bouche, Histoire de la colonisation française, tome II, Paris, Fayard, p. 207-273. Dans son livre de 1909, le commandant Lenfant est très attentif, dès l’entrée en matière, à défendre l’aspect humanitaire de sa mission : « entrer en contact avec l’indigène, le pénétrer avec humanité, réprimer ses agressions avec générosité mais avec énergie, examiner ses misères et les maladies du pays ». Cette attitude libérale, hostile à une colonisation brutale et purement militaire sera aussi défendue par Psichari tout au long des Carnets par exemple lorsque, à Binder, il observe la manière dont le commandant s’attire la sympathie du camido, chef traditionnel musulman qu’il importe de séduire : « C’est un grand principe du commandant : se faire des amis partout où l’on passe et laisser de bons souvenirs » (p. 37).
(30) Pour un exposé plus détaillé des différentes composantes de la mission, voir Neau-Dufour, op.cit., p. 137 et suivantes.
(31) C’est cette conception du commandement qu’il s’efforcera de faire prévaloir au Maroc. Rappelons que son article, Du rôle social de l’officier, avait été publié le 15 mars 1891 dans une livraison de la Revue des Deux-Mondes. Son influence fut grande. Une étude comparatiste de la conception coloniale du monarchiste Lyautey et du républicain Lenfant dépasse le cadre limité de cette Introduction.
(32) Ils divergent sur un point toutefois, ce que l’on pourrait appeler le romantisme de l’aventure africaine. Lorsqu’il s’embarque à Bordeaux, le 25 aôut 1905, à bord du steamer la Ville-de-Maranhao, parmi « des administrateurs, des agents de Compagnies africaines, quelques commerçants, quelques officiers » ( éd. Lambert, 21), Psichari est un jeune homme en quête de sensations exotiques. Il note avec exaltation : « Ce soir, nous serons en pleine mer, voguant vers de merveilleuses et mystérieuses destinées » (Ibid.) Le commandant Lenfant quant à lui s’exprime toujours selon l’esprit positiviste de l’époque. La Mission a pour but de faire avancer partout la connaissance de l’Afrique et de dissiper son mystère trompeur. Les dernières lignes de son compte rendu de Mission sont en ce sens des plus significatives : « Les races ont été pénétrées et décrites, le mystère est éclairci sur leur compte (…). La Mission a soulevé l’un des derniers voiles de ténèbres qui recouvraient encore ces régions du Continent noir ».
(33) Voir Robert Delavignette, Service africain, Paris, Gallimard, 1946, livre d’abord publié en 1940 sous le titre Les vrais chefs de l’Empire dans la collection Esprit dirigée par Emmanuel Mounier, et interdit après juin 1940 par les autorités allemandes.
(34) Voir la lettre du 7 décembre 1906 adressée à sa mère. Psichari y évoque ce grand poème de l’Afrique que personne n’a encore écrit, et que nul n’écrira parce qu’il n’est « jamais venu ici que des brutes ». Toutefois, poursuit-il, « quelques élus, comme moi, le sentiront plus intimement, plus profondément, mais nul ne l’écrira. Il est un mal qui sévit au Congo. C’est la fameuse congolite qui existe bel et bien et qui est même à des degrés divers généralisée. Tous les hommes que l’on rencontre ici sont des énervés plus ou moins dangereux ou des apathiques » (Lettres du Centurion, op.cit., p.147).
(35) J’ai abordé ailleurs ce contraste, si révélateur de l’ambiguïté du regard colonial surtout quand c’est celui d’un écrivain lettré consciemment ou non influencé par des esthétiques exotiques, « Robert Delavignette, le romancier et le colonial », dans Collectif Robert Delavignette, savant et politique, Paris, Karthala, 2003.
(36) On voit ainsi s’exprimer plus ou moins allusivement, dans certains textes coloniaux, le fantasme d’une Afrique qui serait comme le substitut d’une Amérique perdue.
(37) Dans l’Inde, Paris, Hachette, 1891.
(38) Au point d’écrire : « Ici, Wotan , et Brunnehilde aux yeux glauques habitèrent peut-être avant l’exil dans la brume » (p. 64-65).
(39)  Lettres du Centurion, op. it., p. 156.

               
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