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Les Tharaud et Lyautey

 
                                                                                     Michel Leymarie
 
   Quand les Tharaud arrivent au Maroc en 1917, ils n’ont jamais rencontré Lyautey, qu’ils célébraient déjà en 1910 dans Paris-Journal et en qui ils voyaient « un type accompli de soldat administrateur », disciple lointain de Bugeaud et proche de Gallieni, un homme dont le mérite est d’avoir donné la formule de la « pénétration pacifique »[1]. Le général, à les en croire, aurait lu La Fête arabe quand il était en poste à Oran ; le livre lui aurait plu « parce qu'il répondait à ses pensées »[2].
   Les deux frères, jumeaux dans l’écriture, -ils sont nés respectivement en 1874 et 1877- ont connu une première notoriété avec Dingley, l’illustre écrivain, prix Goncourt 1906. Toujours proches de Péguy, dont ils accompagnent l'évolution, ils s'inscrivent de plus en plus explicitement dans le courant nationaliste à la suite de leur maître Barrès ; avant la Grande Guerre, ils campent résolument à droite, écrivant dans des journaux ou des revues où est saluée l'œuvre militaire et administrative du Résident général.
   La rencontre des Tharaud et de Lyautey revêt pour les deux romanciers une importance particulière, d’abord parce que, pour ces écrivains nationalistes, elle intervient au terme d’une évolution idéologique qu’elle cristallise ; ensuite parce que leur séjour au Maroc est à l’origine d’une nouvelle source d’inspiration et d’une série qui se compose de trois œuvres : Rabat, ou les heures marocaines en 1919, Marrakech, ou les Seigneurs de l'Atlas en 1920, Fez, ou les Bourgeois de l'Islam en 1930[3]. Ce triptyque, il faut le noter d’emblée, ne relève pas comme deux de leurs œuvres précédentes, -Dingley ou La Fête arabe-  du genre romanesque, mais il tient davantage du reportage, des « choses vues ». Enfin, cette série marocaine qui, selon le spécialiste de la littérature coloniale qu’est Roland Lebel, constitue un modèle du genre illustré précédemment par Loti, Chevrillon et Bertrand[4], va contribuer à diffuser et magnifier l’image de Lyautey et elle permet aux Tharaud d’identifier en France même, par leurs articles et par leurs livres, le Maroc et le Résident général.
 
Des romanciers nationalistes
   
   En 1906, Dingley, l'illustre Écrivain témoignait des inquiétudes et des aspirations de ces romanciers : inquiétudes de la faiblesse française devant l'Angleterre, forte, elle, de son Empire; désir de voir assuré un domaine colonial qui permît de compenser l'amputation de l'Alsace-Lorraine et de restaurer une fierté nationale amoindrie. En 1912, les Tharaud ont peur de voir entravée l'expansion française. Dans leur Fête Arabe, ils content l'histoire d'un médecin militaire qui s'est fixé en Algérie dans une oasis du Sud Oranais et qui, afin d'œuvrer à « la collaboration de l'esprit arabe et de l'industrie française », souhaite développer l’activité de la petite ville de Ben Nezouh dont il est le maire. Mais des flots d'émigrants, rapidement naturalisés, dépossèdent le Français et bouleversent la société locale. La ville arabe tombe en ruine, les équilibres économiques et sociaux sont rompus ; le médecin est obligé de quitter l'oasis et choisit de s'enfoncer dans le Sud pour chercher la véritable vie arabe. La Fête arabe, écrivait Daniel Halévy, est « un livre triste »[5] ; en effet, échoue ce rêve d’une conciliation entre un colonisateur idéal et un pays dont le caractère propre serait conservé. En ce sens, La Fête Arabe est bien, après Dingley, un cri d'alarme : la France paraît incapable aux yeux des romanciers sinon de conquérir, du moins de stabiliser sa conquête coloniale. Victor Margueritte est le premier, en 1912, dans le Figaro, à mettre en rapport La Fête Arabe et l'entreprise de Lyautey au Maroc:

    « Une autre France, c'est à cette création fabuleuse que nous assistons, et sans nous en douter encore, une autre France dont l'Algérie n'est plus qu'une province. Une France gigantesque, qui englobe la presque totalité de l'Afrique du Nord, descend à l'Ouest, au Sud, jusqu'au cœur équatorial. Une France inconnue de l'ancienne, et dont l'immense empire s'ébauche. »
  Et Victor Margueritte conclut en affirmant que c'est dans la « conciliation » qu'est le secret de la réussite et de l'avenir : « Bonne méthode qu'appliquera sans doute au Maroc, et au fur et à mesure de sa conquête, le général Lyautey - celle-là même que souhaitait, en somme, le héros des Tharaud, dans la Fête Arabe. [...] Une seule politique coloniale, la franche collaboration du colon et de l'indigène ! »[6] Cette conciliation ne pouvant se faire, faut-il le dire, dans l'esprit des Tharaud comme dans celui de Margueritte, que sous la conduite éclairée d’un colonisateur français, sous la direction d'un de ces « meneurs d'hommes » chers à Robert Randau.
 
Deux territoriaux dans la guerre

   Appelés à l'activité le 6 août 1914, les deux frères sont versés dans l'armée territoriale en raison de leur âge. Remplissant des fonctions sans gloire, ils font preuve d’une résolution certaine. Pourtant, la participation aux opérations militaires de ces patriotes résolus est atypique. Tout d'abord, et contrairement à nombre de camarades de promotion du normalien Jérôme, ils ne sont pas officiers : l'aîné est simple soldat, le cadet caporal. Ensuite ces deux frères qui non seulement écrivent mais vivent ensemble ne veulent à aucun prix s'éloigner l'un de l'autre. C'est pourquoi, sans chercher à obtenir des emplois plus brillants qui les auraient séparés[7], ils font toute la campagne dans la 94ème division d'infanterie territoriale d'Angoulême, d’abord sur la ligne de l’Yser, puis sur celle de Soissons et de Reims, avant d’être
« intercalés dans des formations d'active »[8] en juillet 1916. La guerre leur paraît être alors « un voyage en troisième classe […] vers une destination inconnue »[9].
Plusieurs journalistes ou hommes de lettres, comme leur ami le capitaine Louis Gillet, ont alors été engagés à la Section d'Information. La tentation pourrait être grande de rejoindre certains confrères dans un service que dirigé Maurice Pernot, un ancien condisciple de Jérôme, et où sont nommés le sous-lieutenant Madelin et le capitaine Henry Bordeaux. Mais Jérôme Tharaud entend d'abord rester à son poste : « Le Bureau de la Presse, c'est le bureau des embusqués », clame-t-il en février 1916 ; et en novembre, il continue d'avoir de la répugnance à s’éloigner du front[10]. Ils veulent voir, ils veulent aussi écrire. Chez les deux frères, l'idée prend alors corps de devenir correspondants de guerre. Ils espèrent un temps partir pour la Roumanie, pour Salonique ou pour Saint-Pétersbourg et leurs amis s'entremettent. Louis Gillet écrit à Louis Madelin, à la Section de la Presse :
 « Avez-vous pu penser à mes amis les frères Tharaud ? Ce sont encore des talents bien mal utilisés. Ils croupissent comme cyclistes ou vaguemestres dans un vieil imbécile de régiment territorial, dans un des coins les plus morts et les plus mornes de tout le front. Ils feraient, tous deux, surtout l'aîné, d'excellents reporters militaires. [...] Tâchez de les repêcher, pour eux-mêmes et pour la France »[11].
   Mais leur mutation est d'autant plus difficile qu'ils sont toujours de simples soldats et qu'ils n'envisagent pas de se séparer. A deux reprises, affirme Jean de Pierrefeu, « on songea à s'assurer le concours des deux frères, mais il fut impossible de faire comprendre au bureau du personnel les nécessités de la collaboration littéraire. Il voulait bien affecter l'un ou l'autres des deux frères, mais aucun règlement ne permettant de les placer tous les deux à un même poste, il fallut y renoncer »[12]. Les Tharaud consultent leurs relations, jugeant « absurde de continuer à croupir » dans un régiment de territoriaux[13] ; ils sollicitent Barrès en décembre 1916, lui demandant même son avis sur une possible action d'Édouard Herriot, un ami de collège dont ils sont alors bien loin politiquement mais qui pourrait les « aider à sortir de [leur] sordide humilité et de [leur] ennui ». A Barrès, qui approuve leur idée de partir comme correspondants de guerre,  Jérôme suggère de « tourner la difficulté. Peut-être par Lyautey » qui, écrit-il, les « connaît de nom » [14] mais qui doit être déjà, dit Jérôme à sa femme, « environné de coolies et [à qui on] reproche de se faire, comme Sarrail, une cour»[15].
   En avril 1917, après l'échec de l'offensive de Nivelle, la division de territoriaux dans laquelle servent les Tharaud est dissoute[16]. Leur ami Champion, attaché au cabinet de Lyautey, « remet en question, pour [eux] le Maroc »[17]. Enfin, un officier d'ordonnance de Joffre, profite d'une réorganisation du Bureau d'Information au Grand Quartier Général pour les faire muter[18]. Les deux frères partent ensemble, à la même date, mis à la disposition du Résident au Maroc. C'est après une longue traversée de l'Espagne qu'ils arrivent presque en guenilles à Casablanca le 26 juin 1917 pour un premier séjour au Maroc qui va durer jusqu'au 7 mai 1919[19]. Comme leur ordre de route ne porte aucune date précise d'arrivée, les Tharaud profitent de ce voyage pour visiter Cordoue, Séville et Grenade. Jérôme précise à son épouse les circonstances de leur arrivée:
« Mon bon cœur, nous sommes arrivés -et comment !-sans un sou ! Ainsi débarquaient, jadis, au Mexique et au Pérou les Conquistadors. Mais eux, ils avaient une épée et nous n'avons que notre plume ! Nous aurions été bien embarrassés sans l'excellent Charles Saint-Riquier et surtout sans les Champion qui s'emploient à nous servir avec une obligeance parfaite et vont nous avancer l'argent nécessaire à notre installation» [20].
 
Lyautey, dès l'arrivée des Tharaud, aurait donné l’ordre de les dégager de toute servitude militaire et de les promener dans le pays. « Leur devoir à eux, c'est de connaître le Maroc. Ce sont des écrivains, qu'ils écrivent ! », rapporte d’Ormesson[21]. Les frères Champion les emmènent à Rabat, d'Ormesson les présente à Lyautey qui les reçoit dans sa résidence, l'ancien consulat d'Allemagne. Désireux de voir populariser en métropole sa tâche colonisatrice et son action de bâtisseur[22], attaché à faire connaître le Maroc, le Résident général « passe pour se plaire en compagnie des gens de lettres, note André Billy en 1921. Ce brillant cavalier s'est composé un état-major d'intellectuels et d'artistes»[23]. Au lendemain de leur arrivée, ignorant s'ils seront appointés, Jérôme écrit : « Nous voyons la tournure que nous allons donner à nos articles. Il me semble que nous écrirons assez vite d'agréables choses »[24]. Cependant, leur première travail, dès septembre, est un travail de pure propagande : avec Pierre Champion, détaché au cabinet civil de la Résidence, ils mettent en œuvre un projet cher à Lyautey : utiliser des séries de clichés appartenant à la Résidence pour en faire faire des cartes postales par les ateliers photographiques Longuet à Paris, qui se charge de les imprimer et de les diffuser largement en métropole[25]. Le général s’attache à eux, -à Jérôme surtout-, et les emmène dans ses tournées. Une nouvelle vie commence pour les Tharaud, qui vont pouvoir concilier leur désir d'écrire et de devenir des chantres de cette Grande France à laquelle ils aspirent.
 
Rabat et Marrakech, deux romans coloniaux à succès

   Les Tharaud se sont remis très vite à leur tâche d’écrivains, afin de « présenter au lecteur des visions colorées et justes du Maroc actuel »[26]. Rabat, ou les heures marocaines paraît d'abord de septembre 1917 à mai 1918 sous le titre La Foire de Rabat dans la Revue des Deux Mondes. Un volume est publié chez Émile-Paul sous son titre définitif l’année suivante, avant de paraître chez Plon en 1921, dédié à Pierre et Édouard Champion[27]. Tirée à 5000 exemplaires chez Emile-Paul, l'œuvre est rééditée chez Plon, ce qui permet une relance de la vente : en juin 1922 sont déjà atteintes les 34ème et 35ème éditions de 1000 exemplaires chacune. Toutes éditions confondues jusqu'après la Deuxième Guerre, le chiffre total du tirage de Rabat dépasse les 90 000 exemplaires.

   En septembre 1918, les Tharaud ont « écrit à peu près la moitié d'un volume sur le front de l'Atlas, et […] réuni les éléments nécessaires pour raconter la vie d'un grand Seigneur de l'Atlas, Si Madani Glaoui qui vient de mourir ». « Cette biographie nous donnerait un bien joli cadre pour donner une histoire de l'idée marocaine depuis trente ans », précise Jérôme[28]. D’abord donné en feuilleton à la Revue des Deux Mondes d'avril à octobre 1919 sous le titre Le Front de l'Atlas,  l’ouvrage paraît chez Plon en 1920 sous celui de Marrakech, ou les Seigneurs de l'Atlas[29]. Plon effectue un premier tirage de 40 270 exemplaires, presque tous vendus en mai 1924. Toutes éditions confondues, le tirage de Marrakech atteindra le chiffre de 176 500 exemplaires.
   Rabat se présente sous la forme d'une série de promenades dans les villes de Rabat et de Salé, qui conduisent à des aperçus historiques et mythologiques, des réflexions sur les « filles de la douceur » ou bien à des méditations à la Barrès. Un proverbe revient en leitmotiv : « la fantasia dure sept minutes, l'amour sept secondes et la misère toute la vie... », livrant ce que les deux frères pensent être la philosophie de l'Islam, une philosophie faite de fatalisme déjà évoquée dans la Fête arabe. De fait, les Tharaud restent toujours sur le seuil de « cette demeure d'Islam » et le Maroc leur demeure étranger ; ainsi, dans Rabat, écrivent-ils : « Islam, Islam, qu’il est donc difficile de pénétrer dans ton mystère » ; une maison d’Islam leur paraît « toute repliée sur elle-même et orientée vers le secret »[30].
   Rabat, « flux d'impressions rapides » selon Daniel Halévy, prouve à Paul Souday que les Tharaud sont, comme Loti, « avant tout des notateurs de choses vues »[31]. L’ouvrage est bien accueilli dans le cercle des Français du Maroc : Jean lut à un cercle d'intimes les premiers chapitres de Rabat tandis que « Jérôme épiait nos réactions sur nos visages, précise d’Ormesson. Nous fûmes tous ravis»[32]. « Le général Lyautey doit être content », juge André Billy: « Rabat ou les heures marocaines chante magnifiquement l'hymne à la vie musulmane, et nul n'ignore que le Résident s'est posé en défenseur déterminé des traditions islamiques. » Effectivement, comme le dit le critique, il y a « peu de mots, dans ce livre, sur notre effort colonisateur. Ce n'était pas le sujet. Il ne s'agit ici que de choses arabes »[33]. Néanmoins l'œuvre est en parfait accord avec la pensée de Lyautey qu'exprime d'Ormesson : l'action du résident général « tendait à construire -ou à reconstruire- un pouvoir central, un état, une nation. Mais Lyautey faisait en sorte que cette œuvre centralisatrice et unificatrice restât marocaine ; c'est-à-dire qu'elle ne se transformât absolument pas en administration française »[34].
   Pour composer leur Dingley, les Tharaud avaient mis leurs pas dans ceux d'André Chevrillon ; en venant au Maroc, ils suivent de nouveau ce même Chevrillon qui avait publié en 1906 Un crépuscule d'Islam. Maroc[35]. Comme leur prédécesseur, ils pourraient écrire :
  « J’ai souhaité que, dans l’universel enlaidissement de la planète par la civilisation de type industriel que nous appelons la civilisation, ce pays-ci demeurât intact, et que là se perpétuât par miracle le Moyen Age musulman, avec sa foi, ses formes originales, le rêve spécial de ses foules, un libre rêve que nulle domination étrangère ne viendrait limiter. J’ai fini par comprendre que tout vaut mieux que la présente stagnation putride. Au contact de la vie étrangère, cette société se reprendrait peut-être à tressaillir. »[36]
   Marrakech, le deuxième livre de la série marocaine des Tharaud est dédié au général Lyautey, en « hommage d’admiration, de gratitude et d’amitié ». Il s’agit à la fois d’une visite guidée de la ville du Sud marocain et du récit d'une campagne militaire suivie dans le sillage du Résident général. C'est lors d'une expédition contre un chef de tribu réfugié dans l'Atlas à laquelle ils prennent part que les deux frères voient Si Madani Glaoui, le plus grand seigneur du Sud, à la tête d'une harka de cavaliers et de fantassins indigènes ; lors des combats, Abd-El-Malek, le fils de Madani Glaoui, meurt et sa mort précipite celle de son père.
   Plus qu’un livre d'histoire, il s’agit d’un livre d'histoires et d’un livre d'images, « un livre de voyage » qui, dit Halévy, « appartient à ce genre ‘facile’ contre lequel Barbey d'Aurevilly vitupéra jadis »[37]. Les descriptions que font les Tharaud dans Rabat et dans Marrakech corroborent pleinement l’analyse d’Abdeljlil Lahjomri : il n’y a effectivement pas, après Gabriel Charmes et Pierre Loti, « à partir de la signature du Traité de Protectorat en 1912, une récréation de l’image du Maroc dans un renouvellement de ses éléments constitutifs ». L’image du Maroc qui est donnée est la même que celle que proposait Gabriel Charmes en 1887, celle d’un pays encore proche du Moyen Age, dont l’immobilité n’est troublée que par des dissensions internes[38]. C’est la même représentation d’un « vieux Maroc », sombre et redoutable, que donne Pierre Loti en 1890.
   Les deux ouvrages que les romanciers consacrent au Maroc sont d'emblée considérés comme des chefs-d'œuvre de la littérature coloniale. Un critique, François Le Grix, s'interroge dans la Revue hebdomadaire : « Coloniser, est-ce civiliser ou déciviliser? ». Dans « le carnet de route, tout plein de la plus confiante allégresse, que Jérôme et Jean Tharaud viennent de publier à la gloire de notre Maroc », ceux-ci font preuve d'une admiration sans réserve pour « l'impériale besogne d'un Lyautey » et d'« une admiration peu loquace, mais qu'on sent profonde, pour le labeur du proconsul qui nous a dotés de notre dernier empire, pour le Jugurtha moderne qui ne s'interrompt de combattre les Berbères qu'après nous les avoir réconciliés» [39].
   Signe du crédit dont les Tharaud jouissent dans les milieux militaires : à la commande de 65 exemplaires groupée par le Ministère de la Guerre s’ajoutent 38 exemplaires demandés pour les bibliothèques de garnison. L’œuvre est également citée élogieusement dans les anthologies coloniales : Marius et Ary Leblond, en 1929, citent le premier chapitre de Marrakech ; l'édition de 1943 de leur anthologie affirme que « dès leurs débuts, les Tharaud ont choisi et magistralement traité les sujets d'intérêt puissant pour leur public national » et que « plusieurs volumes illustrent notre pénétration au Maroc »[40]. Roland Lebel, dans son Histoire de la littérature coloniale en France, fait aussi une belle place aux Tharaud ; il voit en eux des écrivains qui « ont en eux la conscience de la Grande France » et il oppose les deux frères à un André Gide : « L'ouvrage d'un écrivain connu peut agir dans un sens ou dans l'autre, c'est-à-dire faire beaucoup de bien pour un pays (Jérôme et Jean Tharaud et le Maroc) ou beaucoup de mal au contraire (André Gide et le Congo)». Il vante Rabat et Marrakech, ces « deux volumes expressifs » car « ce sont là des ouvrages qui agissent plus par la diffusion du Maroc en France que la plupart des travaux dits de vulgarisation »[41]. La diffusion du Maroc en France, tel est bien le but que s'assignent les Tharaud, la diffusion d'une image du Maroc et d'une image de Lyautey au Maroc. Ces colonialistes convaincus que sont les deux frères exaltent une politique française d'expansion. Participant à la mise en scène, ils contribuent à l'audience de l'expérience lyautéenne en France et sont de ceux, comme le montre Daniel Rivet, qui font pénétrer cette mythologie de Lyautey dans les milieux parisiens[42].
 
Une campagne militaire

   En juin 1917, les Tharaud découvrent un «Eldorado […] qu’ont jalousement convoité toutes les grandes nations de l'Europe » et qui est  « à peine soumis »[43]. Les moyens alors mis à la disposition du Résident général sont limités : en juillet, « les tribus de l'Atlas, payées et armées par l'Allemagne, ne sont maintenues dans leurs rochers que par quelques bataillons »[44]. Certes, la route de Taza a été ouverte en 1914. Mais la conjoncture est incertaine ; ainsi le grand rapport de 1916 au ministre de la Guerre présente la situation des troupes dissidentes et la stratégie mise en œuvre pour les réduire ; Lyautey compare la zone insoumise à une « besace », qu’il voudrait percer en deux. Par l'installation de postes dans des zones peu ou pas contrôlées jusqu'alors, il entend combattre ce que nos auteurs appellent le « désordre » des tribus berbères groupées contre la France et armées par l'Allemagne[45].

   La percée à travers l’Atlas selon une ligne nord-sud dont sont témoins les Tharaud commence précisément l’été 1917 sur la Haute Moulouya : une colonne venant de Meknès fait sa jonction avec des troupes parties du Sud-Oranais qui viennent pour la première fois de traverser l'Atlas. En novembre 1918, le couloir de Taza menace d’être submergé, mais le dispositif militaire français ne craque pas. De l’été 1918 au printemps 1919 se développe une nouvelle insurrection. 1918 est une année décisive, note Louis Barthou dans La Bataille du Maroc[46] et les années 1919 et 1920 sont particulièrement dures. En janvier 1919, Lyautey juge même la situation alors « franchement mauvaise »[47].
   Sans entrer plus avant dans les détails d’une campagne militaire connue, il suffira de dire ici que le couloir de Taza est élargi et qu’au printemps 1919 la libre communication entre le Maroc occidental et le Maroc oriental est assurée, même si la région de la Haute-Moulouya reste coupée pendant la période d’hiver. Les Tharaud sont donc témoins d’une phase cruciale de la conquête. A aucun moment la présence française au Maroc n'est remise en cause ; au contraire, elle est justifiée par l’action et la manière de Lyautey :
« Si nous n'étions pas venus, d'autres auraient pris notre place, d'autres maîtres plus brutaux. Par une chance unique, la fortune a voulu qu'un esprit ferme et généreux, une intelligente tendresse pour l'âme de ce vieux pays ait policé ici la civilisation, lui ait enlevé son venin et cette dureté qu'a presque toujours la puissance » [48].
   
L’action et l’image de Lyautey

   L’image que les Tharaud, lyriques, donnent de Lyautey, dès la première page de Marrakech, est celle d'une présence que symbolise son fanion, flottant sur la voiture de tête de la colonne militaire en campagne. Cette présence de Lyautey est d’abord une pensée et une conscience : « En vérité ce n'est pas un chemin, c'est une pensée que nous suivons derrière l'auto du Général […], une pensée qui se glisse, s'insinue par cette vallée au cœur des tribus ennemies »[49]. Plus loin, un poste installé dans la montagne apparaît comme « une pensée qui veille et rayonne autour d'elle, effroyablement isolée »[50]. Elle est aussi une action. Une phrase de Marrakech résume les qualités que déploie le général : « Au-dessus de l'obéissance et de la discipline, au-dessus même de la volonté qui sait prendre une responsabilité, il y a l'imagination, la pensée qui découvre des solutions imprévues, […] à la guerre, comme partout, ce qui fait des miracles, c'est l'esprit de poésie dans l'action » [51]. L'esprit de poésie dans l'action, ce sont là les termes que les Tharaud employaient pour désigner leur Dingley, eux qui aspiraient à être des Kipling français ; « la joie de l’âme est dans l’action », telle est la phrase que fait graver sur une bague Lyautey[52].

Si les Tharaud, comprenant les nostalgies des « passionnés du vieux Maroc », notent bien « la rapidité des changements que nous apportons ici »[53], on ne trouve guère sous leur plume de réflexion sur les bouleversements qu’impose un Etat colonial à une autre société. De même se trouve évacuée l’analyse de la politique de « modernisation conservatrice » selon l’expression d’Abdellah Ben Mlih, stratégie d’alliance avec les acteurs les plus conservateurs de la société colonisée maintenus dans leurs privilèges et « moyen de mettre la tradition au service de la ‘modernité’, c’est-à-dire de la colonisation»[54].
   C’est sans doute la « politique des grands caïds » et l’attitude de Lyautey face au Sultan qui donnent le mieux à voir cette ambiguïté de la politique du Résident général. Cette politique, sur le mode de l’administration anglaise est, on le sait, une façon d’étendre, «presque sans effectifs ni opérations militaires », l’influence française, compte tenu de ses moyens relatifs[55]. Sous la plume des Tharaud, elle est transfigurée en une lutte du Moyen Age et la constance des romanciers à voir demeurée au Maroc une « vie féodale » prend ici tout son sens. Dans ces « barons de l'Atlas », ils perçoivent des « seigneurs de la vieille France »; devant leurs châteaux, ils s'écrient : « c'est notre Moyen Age ressuscité par miracle»[56]. Jacques Boulenger, dans l'Opinion, remarque ainsi que « comme toute l'Angleterre impérialiste était résumée en Dingley, voici, symbolisé par El Glaoui, les grands seigneurs du Sud, dont la vie rappelle curieusement celle de nos barons du Moyen-Age, toute d'intrigues et de combats, avec ses rapports de vassal à suzerain » hebergement de site web [57].
Ces « barons » sont combattus par Lyautey, un monarchiste légitimiste, ainsi que par le général de Lamothe, « lui aussi, un vieil Africain, et en outre un vieux féodal de Savoie, admirablement fait pour comprendre la féodalité de l’Atlas »[58]. Ils sont combattus avant de devenir des alliés ou des féaux. Quand les Tharaud décrivent le respect dont le général  fait preuve, non sans ostentation, à l’égard du Sultan et d’un Maroc qu’il aime effectivement, de ses traditions et coutumes, ainsi que de ses situations héréditaires, Lyautey, lui, écrit plus prosaïquement à Gouraud : « J’ai le sultan. Et puis, j’ai le Maroc avec qui je communie dans le culte des mêmes traditions, dans le sentiment de la hiérarchie, de la déférence, de la courtoisie »[59]. Jusqu’à la fin de leur vie, les romanciers ne cesseront de donner du Maroc l’image d’un pays qui était en complète décadence et auquel « Lyautey a redonné la vie, sa vie ancienne, sa vie d'autrefois, sa vie de toujours, et une vie nouvelle »[60].

   Au début des années vingt, les Tharaud, qui reviennent pour de courts séjours au Maroc, continuent de célébrer « notre Proconsul marocain » ;. Plusieurs articles de l'Éclair, du Figaro, du Gaulois[61], une conférence à l'invitation de Robert Garric ou bien une anthologie de pages tirées de Rabat et de Marrakech en témoignent[62]. La continuité de Gallieni et Lyautey, « beaux types de Français, actifs, réfléchis et cultivés », respectueux « de civilisations et d'âmes très différentes des nôtres », est établie ; ainsi un article de la Revue hebdomadaire note que, « pour la première fois dans l'histoire coloniale de la France, la fortune, en couronnant l'œuvre de Gallieni et de Lyautey, a récompensé le génie»[63].
   Dans ces années, les Tharaud rassemblent leurs souvenirs sur Péguy, l'ami de leur jeunesse, et sur Barrès, leur maître en littérature ; l’on s’attendrait donc à trouver d’eux une biographie consacrée à la figure du Résident général. Or il n'en est rien. En 1921, un projet soumis par l'éditeur Crès à Plon ne se réalise pas[64]. Quand, écarté du Maroc, désenchanté, Lyautey revient en métropole en 1925, il se partage entre son domicile parisien et sa demeure lorraine de Thorey et il reçoit rue Bonaparte « au milieu de ses souvenirs et de ses soies pendantes », étendards, drapeaux et fanions des campagnes et séjours au Tonkin, à Madagascar et au Maroc ; le maréchal propose aux deux frères d'écrire sa vie : « Tous les documents étaient là, admirablement classés. […] Lettres privées et rapports officiels, il mettait tout à notre disposition ». Mais ce projet, qui avait tout pour les séduire, ne se concrétise pas davantage. Et les Tharaud tentent de justifier les raisons pour lesquelles ils ne lui ont pas donné suite :
« Peut-être sentions-nous qu'il y avait un fossé difficile à franchir entre la partie de sa vie dont nous avions été les témoins, et celle que nous ne pouvions saisir qu'à travers les documents. Peut-être, plus encore, étions-nous gênés par l'idée qu'en dépit de notre admiration et de notre amitié, notre travail ne le satisferait pas, et qu'avant de nous plaire à nous, il faudrait lui plaire à lui » [65].
     Finalement, c’est André Maurois, « alerté par les frères Tharaud »[66], qui publie en 1929 la première grande biographie de Lyautey. Les romanciers, malgré leur relatif éloignement, demeurent fidèles à la personne et à l'image de Lyautey[67] et participent à des ouvrages collectifs comme Le Visage de la France[68], publié en 1927 et préfacé par le maréchal. En 1930, ils préfacent à leur tour Notre protectorat marocain d'André Colliez[69] et reviennent dans La Revue des vivants sur « les grands jours de la France marocaine » ; la présence française avait abouti à « cette destruction de l’Algérie musulmane, cette incompréhension des choses indigènes par les colons européens qui venaient s’y implanter ». Ils trouvent réalisé sous leurs yeux ce qu’ils rêvaient : « un magnifique essai pour accorder ensemble deux civilisations » ; « ce que notre administration n’avait pas su faire en Algérie, Lyautey était en train de l’accomplir au Maroc »[70]. Ils continuent à monnayer leurs souvenirs dans diverses conférences avant comme après la Seconde Guerre mondiale. Trente ans après Rabat, les Tharaud reviennent dans leur autobiographie sur le « miracle » qu’aurait réussi Lyautey; d’unir deux civilisations « dans une oeuvre commune »[71].
     « Aujourd’hui le rêve est repris », dit le narrateur de Rabat[72]. Alors que les Tharaud révélaient avant la Grande Guerre dans leurs romans une faiblesse française -Dingley- ou un échec -la Fête arabe-, ils ont désormais en Lyautey leur héros qui prolonge et réalise au Maroc leurs propres aspirations de journalistes et d’écrivains nationalistes. Ce chef en action qui rayonne et domine, selon l’expression de Guillaume de Tarde[73], permet de restaurer outre-mer une vitalité française qui avait été mise à mal par Sedan et par Fachoda et que les divers « romans de l'énergie nationale » laissaient espérer. Nos colonies, disait Lyautey dans son discours d’Oran en 1907, constituent « la plus belle école d'énergie, celle même où se retrempe, où se refond la race, comme en un creuset »[74].
   Daniel Halévy écrit dans son Éloge de Jérôme Tharaud que «le miracle de l'heure marocaine dans la vie de Jérôme c'est qu'il y satisfit ensemble son goût de l'exotisme et ses affections françaises »[75]. Cet exotisme a, il faut le souligner, au-delà des Tharaud, partie liée avec la conquête coloniale, et constitue bien une « création politique »[76] ; l’orientalisme, écrit justement Tzvetan Todorov, est un « style occidental de domination, de restructuration et d’autorité sur l’Orient »[77].
   Avec Lyautey, héros heureux d’une Grande France triomphante, le charme - ou plutôt le maléfice - est désormais rompu : la France est enfin une grande puissance, c'est-à-dire une grande puissance coloniale. Les Tharaud sont passés d’un rêve d'affirmation nationale et de conquête coloniale au constat que l'une et l'autre étaient en voie de réalisation grâce à l'action du général ; dans le même temps, ils contribuent, en magnifiant l'œuvre colonisatrice de la France au Maroc, à faire de la figure bien réelle de Lyautey une image mythique et politique, un véritable mythe politique.  
 
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NOTES
[1] Jérôme et Jean THARAUD, « Un soldat administrateur », Paris-Journal, 19 décembre 1910.
[2] Bibliothèque Nationale de France (B.N.F.), Département des Manuscrits : Fonds Barrès, Jérôme Tharaud à Maurice Barrès, 20 décembre 1916.
Jérôme et Jean THARAUD, « Ces voyages à qui nous devons tant », Conferencia. Journal de l'Université des Annales, n° 12, 15 décembre 1948, p. 489.
[3] Les Tharaud rendent compte de la vie dans trois des quatre villes où résida Lyautey : Rabat, Marrakech et Fez ; Casablanca, sans doute jugée trop occidentalisée, n'a pas trouvé grâce à leurs yeux.
[4] Roland LEBEL, Le Maroc dans les Lettres d'expression française, Paris, Éditions Universitaires, 1956, p. 38.
[5] Daniel HALEVY, Éloge de Jérôme Tharaud. Pages écrites pour un discours qui ne sera pas prononcé, Paris, Grasset, 1954, p. 36.
[6] Victor MARGUERITTE, « L'autre Conquête », Le Figaro, septembre 1912, Fonds Tharaud, Bibliothèque Municipale de Versailles, (B.M. Versailles) : Dossier 6.
[7]  Jérôme et Jean THARAUD, La double Confidence, Paris, Plon, 1951, p. 143.
[8]  B.N.F. : Fonds Barrès, Jérôme Tharaud à Maurice Barrès, 22 juillet 1916.
[9] Jérôme et Jean THARAUD, Une Relève, Paris, Plon, 1924, p. 162.
[10] B. M. Versailles : Fonds Tharaud, Jérôme Tharaud à Renée Parny, 14 février 1916
« Nous avons fait toute la campagne ici. Il serait bon de l'y finir », Ibidem, 21 novembre 1916.
[11] Archives Nationales (A. N.), Papiers Madelin, 355/ AP / 3.
[12] Jean de PIERREFEU, G. Q. G. Secteur 1. Trois ans au grand quartier général, Paris, Édition française illustrée, 1920. t. I, p. 170-172.
[13] B. M. Versailles : Jérôme Tharaud à Renée Parny, 26 octobre 1916.
[14] B.N.F. : Fonds Barrès, Jérôme Tharaud à Maurice Barrès, 4 décembre 1916 et à sa femme le même jour ; Jérôme Tharaud à Maurice Barrès, 20 décembre 1916.
[15] B. M. Versailles : Fonds Tharaud, Jérôme Tharaud à Renée Parny, 27 novembre 1916.
[16] Conferencia, op. cit., p. 489.
B. M. Versailles : Fonds Tharaud : Jérôme Tharaud à Renée Parny, le 27 avril 1917.
[18] « Mettez-vous en rapport avec Pierrefeu, leur conseille-t-il, et je vais de mon côté faire mon possible pour que vous puissiez partir à la nouvelle combinaison. » Lettre du Commandant Thouzellier, 2 mai 1917, transmise par Jérôme Tharaud à Renée Parny.
[19] Archives départementales de la Charente (A. D. 16) : Angoulême, Série R. Registre matricule. 1894.
[20] Fonds Tharaud, loc. cit. Jérôme Tharaud à Renée Parny, 29 juin 1917.
[21] « Ce voyage avait épuisé leurs maigres ressources. Ils n'avaient exactement plus rien en débarquant à Casablanca. Ils ne possédaient même qu'une seule pèlerine à eux deux, ayant dû vendre l'autre pour se procurer quelques sous en Espagne », Wladimir d’ORMESSON, Auprès de Lyautey, Paris, Flammarion, 1963, p. 142.
[22] Daniel RIVET, « Les bâtisseurs d'Empire », in Pascal Blanchard et Armelle Châtelier (dir.),  Images et colonies. Paris, Syros et ACHAC, 1993, p. 67-72.
[23] André BILLY, La Muse aux besicles. Essai de critique littéraire, Paris, La Renaissance du Livre, 1921. p. 181.
Sont invités au Maroc dans l'après-guerre, des professeurs d'université, des hommes politiques appartenant au juste milieu –par exemple Bardoux-, des écrivains (Lichtenberger, Chevrillon, Gide, Desjardins, Hamp…) et des spécialistes de la question coloniale, Daniel Rivet, Lyautey et l'institution du protectorat français au Maroc,  Paris, L’Harmattan, 1988, t. III, p. 170 et sq.
[24] B. M. Versailles : Fonds Tharaud : Jérôme Tharaud à Renée Parny, 29 juin 1917.
[25] Archives de la Ville de Nancy : Fonds Geffroy. Jérôme Tharaud à Pierre Champion, 22 septembre 1917.
[26] I.M.E.C., Archives de la Revue des Deux Mondes, J. et J. Tharaud à René Doumic, 28 août 1917.
[27] Jérôme et Jean THARAUD, Rabat, ou les heures marocaines, Paris,  Émile-Paul frères, 1919 ; Plon, 1921.
[28] Archives privées Gillet. Jérôme Tharaud à Louis Gillet, 11 septembre 1918.
[29] Jérôme et Jean THARAUD, Marrakech, ou les Seigneurs de l'Atlas, Paris, Plon, 1920.
[30] Rabat, op. cit., p. 252, p. 37, p. 19. « Je ne pénétrerai jamais leur secret », Ibidem, p. 57.
[31] Daniel HALEVY, « Marrakech », Revue Universelle, t. I, n° 6, 15 juin 1920, p. 744. Paul SOUDAY, Le Temps,  26 juin 1919.
[32] Wladimir d’ORMESSON, Auprès de Lyautey, op. cit. , p. 143.
[33] André BILLY, La Muse aux besicles, op. cit. , p.185.
[34] Wladimir d’ORMESSON, Auprès de Lyautey, op. cit. , p. 152.
[35] André CHEVRILLON, Un crépuscule d'Islam. Maroc, Paris,  Hachette et Cie, 1906 ;  Marrakech dans les palmes, Paris, Calmann-Lévy, 1919. Chevrillon, sur les mêmes thèmes, publie Les puritains du désert. Paris, Plon, 1927.
[36] André CHEVRILLON, rééd. Eddif, Casablanca, 1999, Coll. Bibliothèque arabo-berbère dirigée par Jean-Pierre Péroncel-Hugoz, présentation de Jean-Dominique Durand, p. 145.
[37] Daniel HALEVY, « Marrakech », Revue Universelle.  T. I, n° 6, 15 juin 1920, p. 743.
[38] Gabriel CHARMES, Une ambassade au Maroc, Paris, Calmann-Lévy, 1887, cité par Abdeljlil Lahjomri, Le Maroc des heures françaises, Editions Marsam et Stouky, 1999, p. 125.
[39] François LE GRIX, « Coloniser… Civiliser ? », Revue hebdomadaire, 14 août 1920, p. 212 et 216.
[40] Marius-Ary LEBLOND, Anthologie coloniale. Morceaux choisis d'écrivains français, Paris, Peyronnet et Cie, 1929. 2ème édition, 1943, p. 71.
[41] Roland LEBEL, Histoire de la littérature coloniale en France,  Rochefort-sur-Mer, Librairie Larose, 1931,  p. 84 et 117.
[42] « Lyautey a enfin réussi à accréditer dans le milieu dirigeant parisien le modèle de l'Inde anglaise si longtemps tenu en suspicion », Daniel RIVET, op. cit., t. II, p. 178.  Voir, en outre, Guillaume de Tarde, L'enseignement de Lyautey, Paris, École libre des Sciences politiques. Conférences d'information, 2 décembre 1941.
[43] Jérôme et Jean THARAUD, Marrakech…, op.  cit. , p. 3 et p. 19.
[44] Jérôme et Jean THARAUD, Rabat, op.  cit. , p. 150.
[45] Jérôme et Jean THARAUD, Marrakech…, op. cit., p. 28 et 30.
[46] Louis BARTHOU, La Bataille du Maroc, Paris, Champion, 1919.
[47] Lyautey à Wladimir d’Ormesson, Rabat, 6 janvier 1919,  Lyautey l’Africain. Textes et lettres du maréchal Lyautey présentés par Pierre Lyautey, Tome IV et dernier, 1919-1925, Paris, Librairie Plon, 1957, p. 4.
[48] Jérôme et Jean THARAUD, Rabat…, op. cit. , p. 279. 
[49]  Jérôme et Jean THARAUD, Marrakech…, op. cit. , p. 46.
[50] Ibid., p. 65.
[51] Ibid., p. 70.
[52] L’analyse de ce vers faussement attribué à Shelley est menée par André Le Révérend, op. cit. , p. 257.
[53] Jérôme et Jean THARAUD, Rabat…, op. cit. ,  p. 228.
[54] Abdellah BEN MLIH, Structures politiques du Maroc colonial, Paris, L’Harmattan, Coll. Histoire et perspectives méditerranéennes, 1990, p. 151.
[55] Lyautey l’Africain…, op. cit., Lyautey à Georges Clemenceau, Président du Conseil, 15 juin 1919, p. 6-18, et « Directives générales pour 1922 », Rabat, 14 décembre 1921, p. 159.
[56] Jérôme et Jean THARAUD, Marrakech…, op. cit. , p. 173.
[57] Jacques BOULANGER, L'Opinion, 8 mai 1920. « Les Tharaud à Marrakech ».
Voir l’analyse de Daniel RIVET in Lyautey et l’institution du protectorat français …, op. cit., t. I, p. 184-187 et t. II, p. 178: « Chacun des grands caïds incarne un type, toujours brossé selon les canons de notre Moyen-Age. Le M'touggi, c'est le « vieux baron », un peu papelard et fort retors. El'Ayadi est une sorte de « raubritter » du Moyen-Age allemand. Le Goundafi, que son chapelet ne quitte jamais, fait figure d'un prieur de l'abbaye laïque et guerrière de Tagoundaft. Si Madani offre une réplique chleuh du duc de Bourgogne ».
[58] Jérôme et Jean THARAUD, « Réflexions sur nos œuvres marocaines », La Revue des vivants, « Les grands jours de la France marocaine », n° 9, septembre 1930, p. 350 ; Jérôme et Jean THARAUD, La double Confidence, Paris, Plon, 1951, p. 149 à 151.
[59] Au général Gouraud, commandant la 5e armée, Rabat, 23 janvier 1919, Lyautey l’Africain…, t. IV, p. 28.
Pour Daniel Rivet, « en homme de théâtre accompli, Lyautey affecte de servir le sultan comme s’il était son premier vizir »,  Le Maghreb à l'épreuve de la colonisation, Paris, Hachette littératures, 2002, p. 224.
[60] Jérôme et Jean THARAUD, Conferencia, op. cit., p. 489.
[61] « L'Académie a reçu hier notre Proconsul marocain. L'œuvre du général Lyautey », Éclair, 9 juillet 1920 ; « Les lettres du général Lyautey », Figaro,  29 août 1921 ;  « Le Maréchal Lyautey », Alsace française, 25 mars 1922 ; « Cinquante ans de service » Gaulois,  23 octobre 1923 ...
[62] Télégramme à Robert Garric, L'Effort, Louvain, Belgique, 11 juillet 1923. Archives Robert Garric, CEDIAS - Musée social. Jérôme et Jean THARAUD, Le Maroc, Paris, Plon, 1923.
[63] « La rencontre de deux chefs : Gallieni et Lyautey », Revue hebdomadaire,  11 décembre 1920, p. 136-137.
[64] Le projet consiste en une étude inédite de 120 pages, avec un tirage à 10 000 exemplaires, dans la collection des Grands Hommes de la Guerre. Archives Plon. Lettre de Crès à Plon, 17 septembre 1921 et réponse, 4 octobre 1921.
[65] Jérôme et Jean THARAUD, La double Confidence, op. cit. , p. 156-158.
[66] André LE REVEREND, Lyautey, Paris, Fayard, 1983, p. 437.
[67] Ils accompagnent sa dépouille mortelle à Nancy, puis à Thorey, enfin au Maroc.
[68]  Le Visage de la France. L'Afrique du Nord. Algérie, Tunisie, Maroc, Préface du Maréchal Lyautey. L'Algérie, par Georges ROZET; La Tunisie, par Myriam HARRY ; Le Maroc, par J. et J. THARAUD, Paris, Aux Horizons de France, 1927.
[69]André COLLIEZ, Notre protectorat marocain. La première étape, 1912-1930, préface de J. et J. Tharaud, Paris, Rivière, 1930, p. I et II.
[70] Jérôme et Jean THARAUD, « Réflexions sur nos œuvres marocaines », op. cit. , p. 347-351.
[71] Jérôme et Jean THARAUD, La Double Confidence, op. cit., p. 94 et 95.
[72] Jérôme et Jean THARAUD, Rabat, op. cit. : « Demain une ville française couvrira le vaste espace que nos architectes lui ont réservé sur le papier »,  p. 11 et 13.
[73] Guillaume de TARDE, Lyautey, le chef en action, Paris, NRF Gallimard, 1959, p. 165.
[74] Hubert LYAUTEY, Paroles d'action. Madagascar, Sud-Oranais, Oran, Maroc. 1900-1926, Préface de Louis Barthou, Paris, Armand Colin, 1927, p. 53. Voir aussi la célébration le 5 août 1917 du dixième anniversaire du débarquement des troupes françaises au Maroc, lors de laquelle déclara que c'était là le terme mis à l'anarchie, à la désagrégation, au gaspillage des ressources de cet admirable pays et de cette race si laborieuse, intelligente et sympathique ».
[75]  Daniel HALEVY, Éloge de Jérôme Tharaud ... , op. cit. , p. 46.
[76] Abdeljlil LAHJOMRI, op. cit. , p. 145  et p. 193-194.
[77] Edward W. SAID, L’Orientalisme. L’Orient créé par l’Occident, [1978], préface de Tzvetan Todorov, Paris, éd. du Seuil, 1980, p.15.                            
                              
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