Le Sahara dans la littérature de l’ère
coloniale [1 / 7]
Rachel
Bouvet , Université du Québec , Montréal
L'imaginaire du désert
connaît à l'époque coloniale un développement sans précédent dans le domaine
artistique, notamment en littérature. Espace de l'altérité par excellence, à la
fois propice à la révélation et à la méditation, comme le veut la tradition
biblique, il s'avère être aussi l'espace de la rupture avec l'Occident et de la
découverte de l'autre, -le nomade-, un espace des limites, corporelles et
mentales, souvent associé au vide, au néant et à la mort, figure de l'altérité
ultime.
La description des vastes étendues, des oasis, des
caravanes, passe souvent par le filtre culturel que constitue le désert
biblique, avec ses figures de prophètes et d'anachorètes foulant les sables, un
désert mythique qui va s'enrichir peu à peu d'une dimension concrète,
géographique. Dans les récits de Charles de Foucauld, d'André Gide (Les
nourritures terrestres, El Hadj ou le traité du faux prophète), d'Ernest
Psichari (Les voix qui crient dans le désert, Le voyage du Centurion), de
Théodore Monod (Méharées), l'appel du désert retentit, tel un écho à la parole
divine, et invite à la méditation, à la quête du sens, de la révélation. Le
désert devient un paysage marquant de la littérature à partir du moment où
l'interaction avec cet environnement hostile, morne, résistant à toute
tentative de représentation en raison de son caractère immense, donne lieu à
des descriptions détaillées. Sa lumière éblouit, aveugle les voyageurs, au point
de transformer le regard, celui d'Eugène Fromentin en particulier (Un été dans
le Sahara) ; ses couleurs changeantes et ses formes géographiques variées
s'imposent dans l'écriture d'Isabelle Eberhardt au point d'imprégner toute son
ouvre, marquée par une fascination sans bornes pour les vastes étendues et le
mode de vie nomade.