Gérard Chalaye , Université de Rennes
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est à peine paradoxal de prétendre que le Liban
géographique, historique, culturel et religieux, jusque
là confondu, dans un espace syrien, aux contours vagues et
indéterminés, est une invention littéraire, de la
France du XIXè siècle, en relation avec ses entreprises
expansionnistes coloniales. En effet, les vagues successives des
écrivains-voyageurs français épousent,
fidèlement, les différents flux
géostratégiques, militaires et économiques du pays
et façonnent le mythe romantique, participant à la
création d’un nouvel Etat-Nation, à
l’occidentale. Ainsi se trouve créé un grand
thème artistique amorçant le processus culturel qui
aboutira au Mandat de 1920. Le but n’est pas seulement
d’affirmer que la littérature française "produit"
du politique – parfois en réagissant contre lui - ; mais
aussi, réciproquement, que le politique contribue à
l’élaboration, à l’évolution et au
déclin de l’un des principaux mythes orientalistes de
l’ère coloniale. Il est, d’ailleurs, frappant de
constater à quel point cette invention mythique du Liban est
tributaire de facteurs matériels et techniques comme le
développement des moyens de communication et du tourisme.
I – ORIGINE (1780-1840)
A la fin du XVIIIè siècle,
Constantin-François Chassebeuf, dit Volney (1757-1820),
décrit les multiples aspects du climat et de la
végétation et, surtout, présente
l’étonnante mosaïque confessionnelle libanaise et
l’inégale répartition de la population. Il fournit,
en effet, les principales informations, dès 1787, en particulier
pour ce qui concerne le système complexe des communautés.
Outre les raisons qu’il donne lui-même de son voyage en
Orient, de décembre 1782 à mars 1785, il est permis
decroire qu’il enquête, aussi, pour le compte du ministre
Vergennes sur les possibilités de débarquer en Egypte. Il
publie son voyage au début de 1787 ; ce fut un grand
succès de librairie. Ouvrage "philosophique" où dans tous
les domaines (archéologique, climatique, économique,
social, politique), la démarche conserve un caractère
scientifique sans aucune concession au pittoresque. Loin du romantisme,
Volney reste un homme des Lumières.