Jacques Marx
La perception d’ensemble du Maghreb dans la littérature belge de
l’époque coloniale ne diffère donc pas de la situation française décrite par
Abdeljilil Lahjomri dans son livre L’image du Maroc dans la littérature
française de Loti à Montherlant (Alger 1973). On peut chronologiqument situer
les textes dans le temps du mépris, qui s’exprime dans des œuvres comme Du Rif
au grand Atlas (1939) d’Auguste Vierset (1864-1960) et, plus tardivement, chez
Pol Stiévenart (1877-1960), auteur de Afrique du Nord. Sahara. Niger
(Bruxelles, La Renaissance du Livre, 1955).
Parmi les
successeurs de Picard, il faut mentionner le journaliste Léon Souguenet
(1870-1938), qui avait été chargé pendant la première guerre mondiale d’une
mission d’espionnage dans le Mzab, soupçonné d’entretenir des intelligences
avec la Turquie. Il est l’auteur de La Flûte de roseau (Paris-Bruxelles,
Weissenbruch, s. d.), une fiction romanesque dont l’exotisme de pacotille
fatigue le lecteur ; et de La Route de Timmimoun. Heures algériennes
(Bruxelles, O. Lamberty, s. d.) où la description du Maghreb participe
également du grand mythe usurpateur de la défense de la latinité. La qualité de
militaire de l’écrivain n’a certainement pas été indifférente à la formation du
cliché, dans la mesure où les progrès enregistrés dans la connaissance de la
colonisation romaine en Afrique du Nord ont souvent été parallèles à ceux de la
pénétration et de l’implantation françaises. Militaires et historiens font ici
bon ménage. René Cagnat, historien de l’Afrique romaine citadine dans Carthage,
Timgad, Tébessa et les villes antiques de l’Afrique du Nord (1909), sillonnait
le pays à la suite des militaires. Jules Espérandieu, futur animateur de la
Revue épigraphique, était un militaire. Louis-Adrien Berbrugger (1801-1869),
premier conservateur de la Bibliothèque et du Musée d’Alger était le secrétaire
particulier du maréchal Clauzel. Sur ce point, Belges et Français s’accordent :
la conclusion des Missions dans l’Aurès (1915-1916), que Souguenet publia en
1928, affirme : « La France, disciple et héritière de Rome, ne peut se
laisser écraser par le souvenir romain. Elle le doit à l’aïeule dont elle a
repris la tâche séculairement interrompue ».