Jacques Marx
L’obsession latine a marqué en profondeur les voyageurs
belges : Théo Beauduin (1893-1932), un reporter qui transhumait au Maroc à
l’époque de la rebellion d’Abd el Krim, y revient dans Le dernier amour d’Antinéa
(Voyage en Libye), publié en 1926, et feint même de s’étonner que la
Tripolitaine ait donné à la civilisation occidentale deux gloires
retentissantes, un empereur, Septime Sévère et un philosophe, Apulée. Il en va
de même pour un des rares voyageurs belges d’origine flamande qui se soient
déplacés en Afrique du Nord, Arthur de Rudder (1865-1929) : dans des
Impressions marocaines datées de 1925, il fait des ruines de Volubilis une «
limite de l’Occident », la frontière de la civilisation et de la barbarie.
En
1920-1921, enfin, une visiteuse belge de marque n’hésita pas à se risquer sur
les pistes africaines. Il s’agissait de la duchesse de Vendôme, princesse de
Belgique, fille du prince Philippe, comte de Flandre (un fils de Léopold Ier),
et de la princesse Marie de Hohenzollern-Sigmaringen, qui avait épousé en 1895
le prince Philippe-Emmanuel d’Orléans, duc de Vendôme (1872-1931). Son voyage
au Maghreb s’est déroulé entre la fin de l’année 1920 et le 21 mars 1921, à
travers l’Algérie, la Tunisie et le Maroc, et a inspiré la somptueuse édition
de Notre Voyage en Afrique, 1920-1921 (Algérie, Tunisie, Maroc), réalisée à
Paris, sur base d’une reproduction intégrale du manuscrit, agrémenté
d’innombrables aquarelles. L’imbrication, dans le champ culturel belge, de
l’élément plastique et de l’élément littéraire n’est nullement le fruit du
hasard.