Jacques Marx
Une deuxième tentative fut conduite en septembre 1889 sur la côte
occidentale d’Afrique par le colonel d’état-major baron Auguste Lahure
(1835-1891), en vue d’obtenir, au Cap Juby, une concession territoriale. Le but
avoué était de soigner les agents coloniaux belges souffrant de maladies
contractées au Congo, ce qui impliquait l’installation d’un port de relâche
pour les navires belges transitant d’Anvers à Matadi. Nouvel échec, mais qui a
donné lieu, en 1905, à la publication des Lettres d’Afrique. Maroc et Sahara
occidental (Bruxelles, Lamberty, 1905), qui parurent préfacées par Picard. Là
encore, le projet échoua.
En 1904, enfin, une nouvelle ambassade fut dirigée par le
ministre de Belgique auprès du Maroc, Conrad comte de Buisseret (1865-1927).
Elle fut reçue par le sultan Moulay Abdelaziz (1894-1908), très intéressé par
les innovations technologiques occidentales. Elle se solda également par un
échec, mais donna lieu à la publication d’une relation intitulée À la Cour de
Fez. La mission belge de 1904, publiée en 1907.
L’ensemble de ces récits, issus du « complexe
militaro-industriel » léopoldien offrent beaucoup d’intérêt du point de vue
des systèmes de représentation. El Moghreb Al Aksa (1889) d’Edmond Picard est
l’œuvre d’un animateur au dynamisme puissant, qui a joué un rôle capital dans
toutes les initiatives culturelles prises à l’époque de la «Renaissance
jeune belge » (1880-1900), mais dont les préjugés ethnocentriques -
largement partagés par les représentants de l’élite culturelle à laquelle il
appartient - trouvent leur source dans un « antisémitisme de gauche » dirigé
contre les puissances de l’argent. Par ailleurs, la relation de Picard
appartient à la catégorie des récits d’ambassade, un type de narration
mélangeant le récit d’aventures et l’essai ethno-sociologique, qu’ont illustré
Les Chemins des Ambassades (1886) de l’explorateur Henri Duveyrier ; Une
Ambassade au Maroc (1887) de Gabriel Charmes ; Au Maroc (1890) de Pierre Loti,
et Un crépuscule d’Islam (1905) d’André Chevrillon.