Jacques Marx (Université libre de Bruxelles)
La
mémoire coloniale de la Belgique concerne en priorité
l’Afrique Centrale, de sorte que la littérature belge ne
semble pas, de prime abord, avoir été très
concernée par l’Afrique du Nord. Cette impression
mérite cependant d’être nuancée. Le premier
texte belge concernant le Maghreb au XIXe siècle, le rapport
(1866) du consul de Belgique Ernest Daluin au ministre des Affaires
étrangères à l’occasion d’un voyage
à Fès, inaugure une série de relations de voyage
souvent marquées par les ambiguïtés de
l’orientalisme.
Les
circonstances qui ont amené la Belgique à
s’intéresser à l’Afrique du Nord
s’inscrivent dans le cadre des ambitions coloniales du roi
Léopold II. À la fin du XIXe siècle,
l’empire chérifien était devenu, au cœur des
antagonismes nés de l’extension des impérialismes
européens, un objet d’initiative externe. Au titre de
souverain de l’État indépendant du Congo, le roi
des Belges cherchait à prendre pied sur l’un ou
l’autre point de la côte atlantique. Une mission belge fut
décidée, qui séjourna au Maroc de décembre
1887 à janvier 1888. Elle transportait un chemin de fer
miniature en pièces détachées dont on voulait
faire la démonstration au sultan Moulay Hassan en vue de
l’inciter à la construction d’une voie ferrée
de Tanger à Fez. Cette première tentative de
pénétration est à l’origine d’un
récit de voyage qui a joué un rôle fondateur dans
la relation de la littérature belge à l’espace
nord-africain : El Moghreb Al Aksa. Une mission belge au Maroc
d’Edmond Picard (1836-1924), un livre d’esthète,
à petit tirage, publié en 1889.