Lucienne Martini
Dans les années 50, et comme une amorce de ce que
sera une partie de l’expression littéraire
d’après 1962, des écrivains évoquent le
passé de leur terre à travers l’histoire des
pionniers. Au pays de la mort jaune (1947), de Lucienne Jean-Darrouy,
décrit les difficiles débuts du peuplement
français en Mitidja. Dans Arcole ou la terre promise (1954),
Marcel Moussy retrace la fondation d’une de ces « colonies
agricoles » de 1848, composées de Parisiens qui,
volontairement ou non, venaient tenter leur chance en Algérie.
Avec La Fontaine Rouge, Jeanne Montupet brosse « une histoire
naturelle et sociale d’une famille algérienne »
depuis 1837.
Il faut reconnaître que ce
qu’écrivaient les Français d’Algérie
n’a guère « dépassé le môle
d’Alger », comme disait Charlot, et si les écrivains
de la génération autour de Camus sont connus du grand
public ce n’est que très rarement pour leur œuvre
« algérienne ». Qu’en est-il aujourd’hui
? Une certaine redécouverte littéraire de ce temps
colonial se manifeste, comme en témoigne, par exemple, la
réédition groupée de romans coloniaux par des
collections populaires comme « Omnibus » ou «
Bouquins ». Un autre phénomène mérite
intérêt, celui d’une production littéraire
actuelle. Une « littérature des Français
d’Algérie » aurait pu s’inscrire dans les
limites de leur présence sur cette terre et disparaître en
1962, or, paradoxalement, ceux qui ne s’appellent plus
eux-mêmes « Algériens » mais qu’on
appelle désormais « Pieds-noirs » vont, au
contraire, se mettre à écrire d’une manière
aussi surprenante qu’abondante. Mais ceci est une autre histoire !