Lucienne Martini
« Le premier devoir, écrivait-il, devoir de
l’écrivain algérien est de se rappeler qu’il est un apôtre de la plus belle
Algérie ». Les quatre romans « de la patrie algérienne » de Randau : Les Colons
(1907), Les Algérianistes (1911), Cassard le berbère (1920), Le professeur
Martin, petit bourgeois d’Alger(1935) proposent un portrait expressif du type «
algérien », sans pour autant négliger de représenter aussi les autochtones.
Quelques individualités indigènes paraissent s’agréger à cette littérature
spécifique, Abdelkader Hadj Hamou (Abdelkader Fikri) écrit une nouvelle, Le
frère d’Etthaous dans le recueil Notre Afrique qui regroupe des textes
algérianistes et signe avec R.Randau Les Compagnons du Jardin, essai sur les
contacts franco-musulmans, « haut bréviaire de fraternité algérienne » et, en
1930, Mohammed Ould Cheikh participe à une anthologie poétique. Sans se
rattacher à aucune école, des femmes, à cette époque, proposent une peinture
des autochtones, Elissa Rhaïs, Maximilienne Heller, Magali Boisnard, Marie
Bujéga, Lucienne Favre, Maraval-Berthoin. A.Truphémus décrit la difficile
coexistence entre société européenne et société musulmane dans Ferhat,
instituteur indigène. Ces écrivains, toujours inspirés par une profonde
connaissance et un amour passionné de leur terroir, offrent une représentation
de la colonie du point de vue ethnique comme du point de vue économique.
Aux alentours de 1935, c’est
autour d’Albert Camus et de la librairie-édition « les vraies richesses » d’Edmond Charlot que se
concrétise une nouvelle sensibilité. L’Ecole d’Alger, l’Ecole nord-africaine
des Lettres ou l’Ecole méditerranéenne d’Alger ou encore Méditerranée vivante
(même si ces appellations sont souvent rejetées parce que trop formelles)
rassemble, peu avant la guerre, une nouvelle génération soucieuse de dépasser
par un universalisme méditerranéen la problématique trop étroitement algérienne
de la génération précédente. Les œuvres de Gabriel Audisio, Albert Camus,
Emmanuel Roblès, René-Jean Clot, Jean Amrouche, Jules Roy, Claude de
Fréminville, Max-Pol Fouchet et, plus jeunes, Marcel Moussy, André Rosfelder,
Jean-Pierre Millecam, Jean Pélégri, entre autres, nourrissent une période
littéraire particulièrement féconde. Notons que c’est aussi la véritable naissance
d’une littérature d’autochtones qu’illustrent Mouloud Feraoun, Mohammed Dib,
Mouloud Mammeri.