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Littérature des Français d'Algérie                                                     [2/7]
Lucienne Martini

   Louis Bertrand, né en Lorraine, découvre l’Algérie comme jeune professeur à Alger, mais séduit par le pays et ses habitants, il leur consacre une œuvre copieuse qui apparaît avec le recul comme le véritable début d’une littérature spécifique. Il fait du mythe de l’Afrique latine l’un des principaux thèmes de son œuvre et défend l’existence d’une tradition latine africaine continuée par les néo-latins, venus reprendre le flambeau de leurs ancêtres. Fasciné par ce « peuple neuf » né d’un brassage des races, il s’attache à le décrire avec sympathie dans des peintures de « caractères » typiques. Le Sang des Races ( 1899) est le récit des aventures et des amours du roulier Rafaël et de ses compagnons entre Alger et Laghouat, Dans La Cina (1901), le romancier montre la colonisation à l’œuvre, la mise en valeur de la terre, Pépète et Balthazar (1904)(ou Pépète-le-bien-aimé) est le livre de la présence espagnole en Algérie. La Ferme dans la brousse (1930) « n’est qu’un épisode entre mille de la lutte incessante que nos colons algériens ont à soutenir contre l’hostilité de la nature et des hommes »(avant-propos). L’œuvre algérienne de Louis Bertrand présente un intérêt psychologique et social, mais aussi documentaire, elle illustre un moment de l’économie, de la politique, de la transformation ethnique de la colonie. Le premier, il a mis en relief les traits « sui generis » du tempérament algérien. Avec lui entrent dans le champ d’observation de l’écrivain le colon, l’homme du peuple, l’homme du bled…Sous son influence, une pléiade de jeunes écrivains vont affirmer que la colonie a atteint sa majorité littéraire.
   « Les Algériens par eux-mêmes » pourrait être le sous-titre des œuvres des Algérianistes. De jeunes auteurs du cru, sous la houlette de Jean Pomier, Louis Lecocq, Robert Randau, lancent le mouvement algérianiste qui recherche, en réaction contre tous les exotismes, une expression littéraire spécifiquement algérienne qui manifeste une personnalité originale. Ils créent l’Association des Ecrivains Algériens (1920), le Grand Prix littéraire de l’Algérie (1921), la revue Afrique (1924). La préface du recueil de nouvelles Notre Afrique s’affiche comme le manifeste du mouvement. Charles Hagel, René Hugues, Ferdinand Duchêne, John-Antoine Nau, Stephen Chaseray, R.Marival, Charles Courtin, Marcello Fabri, Paul Achard, entre autres, appartiennent à cette génération dominée par l’œuvre puissante de Randau qui voulait « créer une conscience intellectuelle de l’Algérie ». 
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