Si
j’ai choisi deux auteurs aussi dissemblables
qu’André Demaison et Andrée
Viollis pour poser le problème du regard des
écrivains français de
l’Entre-deux-guerres sur les problèmes coloniaux
de la Tunisie, c’est pour
plusieurs raisons convergentes qui mériteraient chacune un
article
spécifique . Leurs livres, publiés
respectivement en 1934 (Paris, Les
écrivains français, une maison conservatrice) et
1939 (Paris, Gallimard, de
sensibilité libérale) appartiennent à
un genre qui connut en ces années-là une
sorte d’apogée. Ils tiennent du récit
de voyage par l’art de la narration, le
choix de détails pittoresques, la richesse descriptive, mais
ils sont aussi des
essais, qui prennent partie à un moment très
précis (et crucial) de l’histoire
du protectorat tunisien, et qui présentent une
synthèse, très engagée dans les
deux cas, une sorte de vision politique, qui se veut
cohérente, et qui est bien
évidemment sous-tendue par les courants de pensée
qui s’affrontent en
métropole, même si Andrée Viollis sera
très attentive à exprimer le point de
vue du nationalisme tunisien, alors qu’André
Demaison adhère, sans presque
aucune réserve
,
à l’idéologie des
« prépondérants ».