L’Inde
dans la littérature anglaise de l’ère
coloniale
[1/6]
Michel Naumann,
Université
Paris-12
L’Inde
hanta
très tôt les marchands et les voyageurs anglais
car dès la Renaissance des
expéditions vers l’Amérique du Nord et
les mers de la Sibérie tentèrent de
trouver vers le pays des épices une voie originale. Il
fallut pourtant se
résoudre à suivre les Portugais et les Espagnols
et à se contenter de modestes
comptoirs, notamment à Surat. Mais au milieu du
XVII° nous trouvons les Anglais
à Madras (1639), Bombay (1662) et Calcutta (1690). Leurs
récits de voyage, un
peu froids lorsqu’ils sont comparés aux Portugais,
définissent l’Inde comme un
autre plutôt lointain et ne s’impliquent ni dans
ses débats d’idées ni dans ses
luttes.
Au XVIII°, après
la mort de l’empereur Aurengzeb (1707), le morcellement de la
péninsule
favorisa la rivalité franco-anglaise et la domination de
l’Inde par Clive et
Hasting. Les récits des conquérants se
répartissent entre ceux qui font de la
domination leur but et la petite minorité de ceux qui
rêvent d’une entité
anglo-indienne. Aucune tradition littéraire anglaise ne
retiendra le personnage
– si populaire en France, notamment chez Eugène
Sue - du prince indien en lutte
contre la colonisation. Il reste pourtant possible de supposer que le
tigre
nocturne du très beau poème de Blake soit un des
tigres du Mysore, Tipu Sultan,
le prince Jacobin, ou son père Hyder Ali, prestigieux
ennemis de la C° des
Indes. L’influence que
préférèrent retenir les Anglais fut
moins subversive
puisque les écrits mystiques de Dara Suko, le
frère et rival d’Aurengzeb, qui
tenta de fondre islam et hindouisme, traduits en latin par le savant
français
Anquetil-Dupeyron et très lus en Allemagne,
inspirèrent de nombreux
romantiques. L’Inde religieuse inquiétait moins
ses conquérants, prompts à
s’allier aux castes sacerdotales, que l’Inde en
lutte, moderne et guerrière.