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Occident et Extrême-Orient : Une autre vision de la colonisation à travers la littérature des voyages
                                                                                                                 [ 3 / 9]       
Quand les Jésuites rêvent de « leur » Chine et de l’Extrême Orient… et quand des commerçants veulent s’adapter au Japon.
         Ainsi, dès cette époque, l’Europe a-t-elle réussi à s’immiscer dans l’Empire du Milieu et en Extrême Orient. Le nombre des convertis signalé par de Choisy au Siam en est la preuve. Pourquoi un tel intérêt pour des terres si lointaines ? Cela représente, bien entendu, un intérêt culturel, mais aussi des investissements en termes de géopolitique. Tout ceci est à replacer dans un contexte historique qui remonte au concile de Trente (1545-1563). Il s’agit en effet de faire reculer « l’hérésie » protestante, non seulement sur le plan intérieur (la sinistre Inquisition), mais aussi à l’extérieur, de prendre les devants et, en quelque sorte, de lui couper l’herbe sous les pieds. Il ne s’agit pas encore, à proprement parler, d’une colonisation, mais ce qui est bien différent, d’un désir de convertir, de coloniser les esprits en les faisant basculer dans la foi catholique. Car s’il existe bien des rapports commerciaux entre ces deux pays, ce n’est pas encore, il s’en faut, un fait dominant, contrairement à ce qui se passera au XIX° siècle. Le but prioritaire de cette contre-réforme, c’est d’arrêter l’expansion du protestantisme sur ces nouveaux empires que l’on est en train de fonder, et que l’on entend bien amener à la foi chrétienne. Cela remonte à C.Colomb et à 1492, mais avec, à cette époque-là, des méthodes autrement brutales. Et en la matière, il y a urgence, car déjà des missionnaires protestants commencent eux aussi à s’intéresser à l’âme des « sauvages ». On se les dispute, ainsi au Brésil, à propos de Indiens tupinambas, ce qui apparaît très clairement lors de la publication simultanée  en 1557 de deux témoignages, l’un dû à un protestant, Jean de Léry (Histoire d’un voyage faict en terre du Brésil), et l’autre à un catholique, André Thevet (Les singularités de la France antarctique)1 . Rappelons que la fondation de la Compagnie de Jésus remonte à 1540.
         La Chine a bien accueilli les ambassadeurs jésuites envoyés par Louis XIV. On se met au service de l’Empereur, mais cela n’a rien de désintéressé, puisqu’il s’agit de tenter de le convertir en le séduisant. En 1601, on voit Matteo Ricci fabriquer à Nankin une série d’horloges, et Michel Benoist va passer trente ans à embellir les jardins du palais avec des fontaines et des jets d’eau, comme à Versailles, conformément aux désirs de Qianlong. On apporte à l’Empereur tout ce qu’il demande, et ce que l’on a de plus beau dans notre culture : ainsi les mathématiques, la géométrie et l’astronomie, ce qui était important pour ce régime si l’on se souvient que l’Empereur est le maître d’un calendrier qui régit toute la vie sociale, et plus particulièrement les activités agraires.   


1  De Léry, Jean, Histoire d’un voyage faict en la terre du Brésil, présenté par A.M.Chartier, Paris, éditions de l’épi, 1972. Thevet, André, Le Brésil d’André Thevet. Les singularités de la France antarctique, notes & présentation de F.Lestrignant, Paris, éditions Chandeigne, 1997. 
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