Présentation du problème.
Je
voudrais dans cet article traiter de la littérature des voyages. Elle
représente un genre littéraire très important. Elle est l’ancêtre des
littératures de l’ère coloniale, et comme son avant-garde. C’est dans ce type
de récits que commence à s’élaborer un discours sur l’Autre et sur la
colonisation. C’est également dans ces écritures que se mettent progressivement
en place des systèmes de représentation de peuples lointains, ainsi que des
modèles de comportement qui vont constituer autant d’héritages. Car, avant de
partir à la colonie, on les lit pour se documenter sur ce qui nous y attend.
Ainsi, sans en prendre véritablement conscience, on va aller puiser dans ce
genre éminemment populaire des découpages, des montages, bref, tout un
équipement mental. Se pencher sur ces productions, c’est aussi se situer dans
une phase pré-coloniale.
Je voudrais également vous proposer
un voyage au Siam, puis en Chine et au Japon. Ceci devrait nous permettre
de déployer un petit panoramique, en termes
d’histoire longue, sur l’évolution, les changements d’attitudes auxquels l’on
peut assister de la part de l’Occident vis à vis de l’Extrême-Orient.
Dernière remarque préliminaire. On
admettra volontiers qu’il y a colonisation dès qu’une civilisation se croit
supérieure à une autre, soit du fait d’une avance technologique, soit parce que
son économie, ses logiques sociales ou son système sacré lui permettent de
croire qu’elle doit en faire profiter l’Autre… Mais lorsqu’il y a égalité de
niveaux, alors, tout est différent. Lorsque nous n’avons aucune raison
d’estimer que notre civilisation serait supérieure à celle de l’Autre (avant la
révolution industrielle et l’émergence de la science), alors, il se passe des
choses étonnantes, car notre regard garde une fraîcheur quasi enfantine, et nos
oreilles restent grandes ouvertes.
Comme nous allons le voir, on assiste en ce cas à des échanges culturels
d’une très grande richesse, pouvant aller jusqu’à un désir de s’identifier à
l’autre dans des rapports symbiotiques.