La figure
monumentale s'adresse directement à Da Gama pour lui reprocher d'avoir osé
franchir les limites de son royaume marin et percé son secret, jusque là resté
inviolé. Pour le punir de son audace la forme prophétise que tous les
successeurs de Da Gama qui passeront par ces lieux connaîtront des malheurs
terribles. Mais Da Gama l'interrompt pour lui demander son identité :
« Je suis cet occulte et grand
cap, que vous autres nommez le Cap des
Tempêtes : car jamais à Ptolémée, Pomponius, Strabon, Pline, ni à aucun des
anciens, je ne me fis connaître. Je termine ici toute la côte africaine en ce
mien promontoire jamais aperçu, qui s'étend vers le Pôle antarctique, et que
vient offenser votre témérité. »
« Je fus l'un
de ces violents fils de la Terre, tout comme Encelade, Egée, Cent-Bras : je
m'appelais Adamastor, et pris part à la guerre contre celui qui darde la foudre
de Vulcain ; non que j'eusse entassé montagne sur montagne, mais, maître de
l'Océan, je fus capitaine de la mer où voguait la flotte de Neptune que je
recherchais » (Camoes, p. 267).
La raison
pour laquelle il choisit le royaume marin pour se battre et Neptune comme
ennemi, c'est qu'Adamastor était tombé amoureux de Thétis, femme de Pélée,
princesse des eaux, mère d'Achille, dès le jour où il la vit se baigner nue.
Son image le hante, le désir de la posséder l'obsède. La belle Thétis, que le
gigantisme et la laideur d'Adamastor rebutent, refuse de céder à ses avances.
Il intime la mère de Thétis, Doris, de lui obtenir un rendez-vous avec sa
fille, sinon il la prendra de force. La mère et la fille décident alors de
comploter ensemble et le jour de la rencontre, alors qu'Adamastor se
précipite vers Thétis et l'entoure fiévreuse-ment de ses bras, il se rend
compte soudain qu'il n'enserre en fait qu'un rocher et que lui-même se retrouve
métamorphosé en rocher : l'imposant promontoire rocheux qui forme le Cap de
Bonne Espérance :