Autrement
dit, je vais mettre en rapport la construction historique de cette figure avec le
problème que John M. Coetzee aborde
dans son essai « Reading the South African Landscape » en ces termes : « la question qui embarrasse par dessus tout les poètes sud-africains... c'est de savoir si la
terre parle un langage universel, si le paysage sud-africain peut se
dire dans une langue européenne, si
l'Européen peut faire de l'Afrique son pays » (Coetzee 1988, p. 167) [1]. J'aimerais
montrer que les différents
avatars d'Adamastor, depuis la figure de l'abjection jusqu'à celle de la subversion constituent des tentatives pour répondre
au problème soulevé par J. M. Coetzee.
La genèse et
la nature du mythe d'Adamastor
D'abord
quelques mots sur la naissance de ce personnage mythique.
Comme
j'y ai fais allusion dans l'introduction, l'origine du mythe d'Adamastor se
situe dans le poème de Luis de Camoes Les Lusiades, plus précisément dans le chant V. Le poème retrace l'épopée héroïque, en 1497-1498, du voyage de
Vasco da Gama en Inde. Le chant V fait allusion au passage du Cap de Bonne
Espérance, anciennement nommé Cap des Tempêtes, jusqu'à ce que Bartholomé Dias
le franchisse lui-même neuf ans auparavant en 1488.
La
présence du géant s'annonce sous la forme d'un nuage gigantesque et menaçant
qui frappe tout l'équipage d'effroi. Da Gama relate la scène en ces termes :
« O suprême Puissance, m'écriai-je,
quelle divine menace, quel secret ces
cieux et cette mer viennent-ils nous présenter ? Quelle est cette chose qui surgit, plus grave qu'une tour-mente ? »
«
Je n'avais pas achevé que déjà, dans les airs, nous apparaît une forme robuste
et vigoureuse, à la stature difforme et gigantesque ; son visage était sombre sa barbe repoussante,
ses yeux caves, son maintien terrible et
farouche, son teint terreux et pâle ses cheveux souillés de
terre et crépus, sa bouche noire et ses dents jaunes » (Camoes, p. 259).
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Notes
[1] Les traductions de l'anglais sont de R. Saurin