Islam
et identité culturelle dans le récit de
l’ère coloniale : 1890-1912
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Jean-François Durand
De ce peuple
vaincu, Louis Bertrand ne retient « que le fragile décor
d'une civilisation misérable et agonisante », auquel il
oppose l'immense effort de transformation et de modernisation entrepris
par les Européens d'Afrique. Dans cette vision
constructiviste et typiquement coloniale, il n'y a bien sûr
pas de place pour le clinquant des mœurs arabes » que
Louis Bertrand voue à une pure nostalgie exotique. Il serait
certes facile d’opposer ce texte à d'autres récits,
comme la Fête arabe, de Jérôme et Jean Tharaud
(1ère édition 1912), qui prend le contre-pied du mythe
latin et analyse au contraire la lente et inexorable dégradation
d'une culture dont on salue la beauté et la profondeur
spirituelle. Celle-ci trouve alors refuge dans le Sud, selon une
thématique du roman colonial qui a été souvent
analysée. Lorsqu'on passe de l'Algérie à la
Mauritanie et au Maroc, les problématiques, tout naturellement,
se modifient. Avant le Protectorat, le Maroc est encore une terre
indépendante, hostile à la pénétration
étrangère que tous les voyageurs dépeindront
à l'exception des villes côtières depuis longtemps
destinées au commerce, comme crispée sur ses valeurs
ancestrales. La situation n'est guère différente en
Mauritanie, que son austérité saharienne semble
protéger des convoitises extérieures tout en en faisant
la terre de prédilection des militaires, sensibles à son
intérêt stratégique. En 1902, le gouverneur
général Roume estimera que « notre
pénétration en Mauritanie était la
conséquence logique et nécessaire de notre Empire
africain »3, et désignera un excellent spécialiste
de cette région, Xavier Coppolani (auteur d'une étude
remarquée sur Les confréries religieuses musulmanes,
Alger, Jourdan, 1897) pour entreprendre une mission de pacification et
de reconnaissance plus précise du terrain.
NOTES
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3 Cité par le général Gouraud, Mauritanie-Adrar. Souvenirs d'un Africain, Paris, Plon, 1945, p. 15